Hippocrate de Thomas Lilti

Publié le par Madame Tassanie

Hippocrate

de Thomas Lilti

Benjamin entame son premier jour d'internat dans un hôpital parisien. J'ai été voir ce film parce qu'il avait bonne critique et que le sujet semblait bien traité. Je voulais rester plutôt objective dans ma critique mais le vécu (j'ai failli écrire sécu) a pris le dessus. Peut-on réellement rester objectif devant un tel témoignage surtout en ayant des antécédents médicaux comme les miens? Et puis même, vous ne pouvez pas rester sans émotion devant ce premier film de Thomas Lilti. Voici pourquoi:

Les sous-sols humides et glauques:

C'est la première scène, plan séquence qui suit les pas de Benjamin dans le dédale des sous-sols d'un hôpital parisien: sales, humides et décrêpis comme je les ai connus à la Pitié Salpêtrière. Un détail qui m'a beaucoup touché car il est la première preuve que Thomas Lilti, médecin et réalisateur du film, est sincère dans ce film.

On n'est pas dans Dr House:

Les personnages sont extraordinaires. Outre un casting particulièrement réussi: Vincent Lacoste en jeune débutant maladroit, Reda Kateb en interne étranger à l'interprétation sensible et troublante, Jacques Gamblin en papa médecin, chef de service et blasé, tout comme Marianne Denicourt et les rôles d'infirmiers extrêmements attachants Carole Franck et Philippe Rebbot, des visages que vous connaissez et qui ne vous laisseront pas indifférents. Et ces personnages sont bien plus proches de la réalité que les rôles américains de Dr House. Pas d'ambiguité: Benjamin ne se sent pas à sa place, Reda Kateb s'y sent mieux mais commet une faute grave et la French touch apporte l'ambiance gréviste et désespérée des hôpitaux français. Pas de formule magique pour guérir un patient, mais des tas de maladresses comme autant de moments émouvants, parsèment ce film.

Les études de médecine:

Je n'ai peut-être fait qu'une année de PCEM1 puis un semestre de PACES comme carrée, ces études sont restées ancrées dans ma mémoire pour toujours. Entre la somme d'informations à ingérer, et les relations médecin/patient qu'il faut apprendre à gérer, Thomas Lilti filme avec justesse l'incroyable dérive que peut prendre un service entier d'hôpital. Deux scènes remarquables: les doutes de Vincent Lacoste après la faute qu'il a commise et ses dialogues avec Reda Kateb: intenses. Et puis les pleurs des patients (l'alcoolique et la vieille dame) face à une vérité qui les dépossèdent de leur propre corps: l'ombre de la mort qui surgit. Si j'ai joint une image du vrai Hippocrate, titre du film, c'est que le réalisateur a bien ici laissé la trace d'une thèse et non d'une hypothèse de ce qu'est aujourd'hui la médecine hospitalière, témoignage cinglant qui remet en question ce fameux serment hippocratique.

Un cinéma français qui s'améliore:

En voyant une telle sincérité dans un film français, le scénario tient debout, il n'y a pas de rebondissements énormes comme beaucoup préféreraient mais une certaine tension dans les doutes existentielles des deux personnages principaux et dans la remise en question d'une certaine médecine française. Le suspens réside dans la psychologie des personnages, Vincent Lacoste qui ne croit plus vouloir être médecin, Reda Kateb qui rêve d'une France idéale et accueillante pour pratiquer en France et faire venir sa famille en France. Deux personnages antagonistes qui vont lier une amitié inespérée malgré les aléas de leur stage d'internat. Le cinéma français est touchant ces temps-ci car il tourne autour des questions identitaires, des questions de société rapportées à celles du quotidien, un cinéma normal en somme.

Note: 17/20

 

Le vrai et Reda Kateb avec Marianne DenicourtLe vrai et Reda Kateb avec Marianne Denicourt

Le vrai et Reda Kateb avec Marianne Denicourt

Publié dans cinema

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