L'évangélisation des Indiens du Mexique: ou comment se tirer une balle dans le pied

Publié le par Madame Tassanie

Ce texte n'est pas libre de droit. Il a été rédigé par mes soins dans le cadre de mes études, officiellement il fait 1 page recto verso, ici j'ai légèrement étoffé, c'est pour dire le plaisir que j'ai à écrire ce genre de... Alors fais attention à tes petits doigts!

L'évangélisation des Indiens du Mexique: ou comment se tirer une balle dans le pied

Salut, ça fait longtemps! Je vais te remonter un peu le moral: ta vie est bien plus palpitante que la mienne aujourd'hui à 10h31. Soit tu dors, soit tu bosses, soit tu traînes, peu importe... moi je lis un livre sur l'évangélisation des Indiens du Mexique. Et toutes les trois secondes depuis 8h du matin je me demande: Pourquoi? Heureusement j'avais commencé à le lire en février... oups nous sommes fin avril et ma mémoire a des limites! Here we go again!

Pour mon dernier semestre de l'année 2015, mon Master Renaissance et Patrimoines s'achève sur une première partie plutôt… positive. Alors que pendant tout ce temps, durant lequel j'ai beaucoup souffert, je ne voyais que le négatif, je me suis vite rendue compte que mes sujets d'étude avaient été l'objet de souffrances bien plus atroces que les miennes par les individus concernés. Entre les cours d'Histoire de la médecine sur les dissections (Mmmm, serait-ce le ventre béant d'une femme morte dans lequel tu mets ta main mon p'tit André? *Vésale pour ceux qui ne seraient pas intimes*), les cours de latin sur les bonnes et mauvaises mœurs de l'époque du Pogge (faut-il coucher ou pas quand on est prêtre? Mmmm, oui c'est bon ça!) ou encore mon choix de livre en Croyances et pratiques religieuses… : L'évangélisation des Indiens du Mexique, Impact et réalité de la conquête spirituelle (XVIème siècle), d'Eric ROULET… oui il y a de la joyeuseté, de la légèreté dans l'air. Je l'ai choisi, ce master, je l'assumerai jusqu'à obtenir ma première année et après, nous verrons. J'irai sûrement m'exiler au Groenland avec pour seul objet de survie Guerre et Paix de Tolstoï. 

Faire une page recto verso sur un livre qui fait plus de 250 pages, c'est difficile pour qui n'a pas l'esprit de synthèse. J'ai bien réussi pour le premier semestre, alors pourquoi pas maintenant. Seulement je m'y prends un peu tard. Ce travail est à rendre le 1er mai, fête du… travail. Allez! Gageons qu'en une journée, l'affaire sera bouclée. En attendant, je me motive avec de la musique… Are You With Me de Lost Frequencies et Bloodstream d'Ed Sheeran.

Et… c'est parti! Comment résumer un livre documentaire historique en… 2 minutes!

La partie chiante: l'introduction

Parce que je n'aime pas introduire des trucs, ouais je sais c'est ambigu...

Le livre : L'évangélisation des Indiens du Mexique, Impact et réalité de la conquête spirituelle (XVIème siècle) est l'œuvre de l'auteur Eric Roulet, agrégé d'histoire, docteur en histoire, enseignant à l'université de Reims. Son travail de recherche porte sur la genèse de la société coloniale de la Nouvelle-Espagne. Le livre a été publié par Presses Universitaires de Rennes en 2008. Il est composé de trois grandes parties (sur « les évangélisations », sur « l'encadrement des Indiens en question », et sur « la réponse indienne »), avec deux courtes introduction et conclusion et douze chapitres au total. On retrouve un lexique, des annexes (cartes, listes de noms), de nombreuses sources bibliographiques et un index.

1. 'Paraît que l'auteur a souvent raison...

Dans l'introduction, il est rappelé que l'évangélisation était le désir de l'Eglise et de la monarchie de répandre une « vision chrétienne du monde ». L'auteur précise qu'il a orienté sa recherche documentaire différemment par rapport à d'autres auteurs ayant travaillé sur l'évangélisation. Il s'affranchit de toutes visions partisanes ou partielles de l'évangélisation et veut proposer une chronologie quasi complète, ainsi qu'une contextualisation autour de documents émanent à la fois des missionnaires comme des Indiens.

2. Je connaissais des Francis... mais pas les franciscains... (sorry not sorry)

La première partie traite en quatre chapitres de la fondation de la Nouvelle-Espagne, vierge de tout christianisme via l'organisation des premières missions, notamment par l'attribution du droit de prêcher et de donner des sacrements en Amérique pour les missionnaires franciscains (de la branche des observants) par le biais de bulles papales (bulle Alias felicis de Léon X en 1521 par exemple). Le clergé régulier sera privilégié pour les missions d'évangélisation par rapport au clergé séculier espagnol. En 1524 aura lieu la mission des Douze (franciscains, en référence aux apôtres accompagnant le Christ). Les thèmes suivants abordent la « politique de la table rase », soit la volonté de destruction de toute trace de l'ancienne religion ou forme d'idolâtrie. L'auteur explique le rapport des Indiens avec leurs idoles. Ils cachaient ces dernières dans des grottes afin de les protéger des Espagnols. Dans le chapitre deux, l'auteur parle des premières conversions, des premiers baptêmes. L'une des stratégies autre que la chasse aux idoles était la conversion des femmes Indiennes. Celles-ci étaient ensuite données aux conquérants. Les enfants/nouveau-nés (deux tiers des convertis) sont aussi baptisés, ils porteront des prénoms chrétiens (Domingo, Ana, Juan, Maria, etc.). Leur éducation deviendra prioritaire, par les livres, des maisons de jeunes filles, la participation au service divin… Quand ces stratégies ne fonctionnent pas, face à la réticence de certains Indiens, les missionnaires utilisent les châtiments corporels. Du point de vue des Indiens, le sacrement du baptême n'est pas bien compris, l'entrée dans l'église les effraie car ils n'avaient auparavant pas le droit de pénétrer dans le temple de la pyramide où seul leur prêtre accédait. Le troisième chapitre poursuit sur les débuts de la catéchèse et la diffusion de la doctrine chrétienne par le catéchisme des Indiens (dimension monothéiste, péché originel et voie du salut). Ce sont des illustrations, des fresques ou des peintures de scènes de la Bible qui permettront l'enseignement du christianisme aux Indiens, ou encore le « théâtre édifiant », reprenant des saynètes de la Bible dans lesquelles jouent des Indiens désignés (liste de pièces p.62). L'auteur pose la question suivante : qu'est-ce qu'un Indien converti au christianisme? Le mariage est aussi un autre sacrement compliqué à mettre en place. Le Codex Mexicanus illustrera l'année 1532 par une scène de mariage. Dans le chapitre quatre, la fin des années trente et le début des années quarante marquent une étape décisive dans l'évangélisation des Indiens par les Espagnols. C'est une période de doute où les missionnaires ne sont pas sûrs de l'efficacité de leurs stratégies. Ils se remettent en question, réévaluent l'évangélisation des Indiens. Le dominicain Domingo de Betanzos doutent des capacités des Indiens à se convertir, il les voit comme des bêtes ou des esclaves, tandis que le franciscain Motolinia ne doute pas de l'aptitude des Indiens à recevoir la foi catholique. Par la suite ce sont les politiques religieuses des juntes ecclésiastiques et des conciles provinciaux qui trouveront du poids dans cette « Nouvelle évangélisation ». De nouveaux évêchés sont créés au Guatemala en 1534, au Michoacan en 1536 par exemple. Alors qu'en Europe, à Trente (1545-1563), on tente de lutter contre le protestantisme, au Mexique, l'archevêque Alonso de Montufar veut imposer une ligne de l'orthodoxie pour éviter toute déviance doctrinale et toutes les hérésies. Dans les années 1560 il se sert de l'Inquisition pour traduire les hérétiques en justice.

3. Sécu et réduc': Là j'ai lâché un peu sur certains termes... ça se voit n'est-ce pas?

Olé, olé, je fais la danse de la pluie! Youpiii! :)

La deuxième partie du livre traite de l'encadrement des Indiens en questions en quatre chapitres. Tout d'abord l'évangélisation passait par « la présence religieuse dans les villages », bien que certaines zones de la Nouvelle-Espagne aient été privilégiées par rapport à d'autres du fait d'un effectif restreint de clercs réguliers envoyés missionner. Cette question de la couverture géographique demeure importante de par la difficulté d'accès à certaines régions montagneuses ou hostiles, la disparité en terme d'habitants (« potentiel humain »), et de par le potentiel économique de certaines régions plutôt que d'autres. Par exemple, Texcoco est la deuxième ville du pays comptant entre 30 000 et 100 000 âmes selon les chroniqueurs de l'époque. Cependant, elle sera tributaire des épidémies du milieu du XVIème siècle. En réponse à l'échec de l'encadrement des Indiens, Alonso de Montufar décide la sécularisation des doctrines (confier la catéchèse aux prêtres séculiers) et la réduction (soit le regroupement des populations dans un nouveau village). En 1530, la Nouvelle-Espagne compte vingt prêtres séculiers. Avant 1570, cent soixante-trois réductions seront fondées. Malgré tout, sécularisation et réduction ne semblent pas être des solutions efficaces face aux Indiens réfractaires. Entre 1569 et 1570 le constat est fait qu'il existe 2800 à 4800 Indiens pour 1 séculier. Dans le chapitre suivant, l'auteur questionne l'investissement personnel des missionnaires. Il fallait avoir des clercs « exemplaires », capables d'aimer, de protéger et de comprendre, ce qui justifiait le choix monarchique de la branche de franciscains observants plutôt que des conventuels. Ils sont vus comme modèles de « bons pères », les bonnes relations ou l'attachement entre Indiens et clercs étant ce qui a engendré le mieux la christianisation des Indiens. Les missionnaires avaient aussi un rôle de protecteurs par la défense des villages bien que ce rôle ne soit pas tout à fait respecté (violences et brimades des colons subies par les Indiens). L'investissement des clercs passe aussi par leur implication dans la vie des communautés indigènes, notamment vis-à-vis de la pauvreté: création d'hôpitaux, de couvents, amélioration de l'agriculture, de l'approvisionnement en eau, création de conseils municipaux, dans les années 1560, fortes implications dans la vie économique des Indiens (les religieux vont posséder des terres, des moulins, des estancias). L'investissement passe aussi par la diffusion d'une seule langue indigène, le nahuatl, lingua franca. En 1531, Martin de Valencia dira que les religieux de son ordre franciscain communiquent et prêchent en langues indigènes. Finalement, l'auteur s'interroge sur la notion de « mauvais clerc », dont les actions sont pointées du doigt au concile mexicain de 1555 : transgression des lois, passion du jeu, mauvais traitements, port d'armes, intéressement dans des entreprises commerciales, concubinage. Un contrôle de la moralité des clercs est mis en place par la monarchie. Enfin les intérêts partisans nuisent au processus d'évangélisation (attitude néfaste des encomenderos, rivalités entre ordres religieux, intérêts économiques, territoriaux, de mains d'œuvre, etc.).

4. Si Dieu existe, alors le 7ème jour, en buvant un peu trop de vin, il a inventé la connerie humaine, j'en suis persuadée maintenant.

La troisième partie est centrée sur la réponse Indienne. L'évangélisation a été rendue difficile de par « la permanence des pratiques indigènes », cultes païens, sacrifices humains. En 1536, un document montre que des prêtres Indiens demandent des tributs pour honorer les divinités. Dans le document Colloques des Douze relatant la rencontre entre franciscains et Indiens le 25 et 30 juin 1524, on trouve l'expression du culte des dieux indiens et l'importance de ces cultes païens sur l'identité indienne. La répression se fera sous la forme de violences, de pénitences, de procès devant l'Inquisition. L'une des stratégies résidaient cependant dans l'évangélisation des caciques, dignitaires ou élites indigènes, les seuls à avoir une influence sur les Indiens. Dans les années 1530, les prêtres et les sorciers forment une résistance contre les Espagnols. Mais ils seront fortement réprimés, parfois même par des Indiens convertis. Pour finir, l'auteur étudie la piste d'une « indianisation du culte chrétien » (danses, chants, musiques pendant les cérémonies chrétiennes), ou la création d'une vision indigène du christianisme. A l'inverse, le modèle chrétien a progressé jusqu'à influencer la vie des indigènes. On note dans les chroniques de l'époque, une forte « hispanisation » des pratiques sociales et culturelles (monétarisation, habillement, écriture, prénoms, etc.). Seule la médecine traditionnelle indigène persiste et est reconnue par les colons pour son efficacité.

Conclure, c'est aussi la possibilité d'une ouverture (n'y voyez rien de pernicieux bien sûr...)

Pour conclure, de 1521 à 1571, l'évangélisation aura tout de même porté ses fruits. Cette conquête spirituelle des Espagnols possédait des enjeux sociaux mais les difficultés rencontrées en ont limité l'impact.

 

Tassanie All, étudiante en grande désespérance. 

 

 

 

L'évangélisation des Indiens du Mexique: ou comment se tirer une balle dans le pied

Publié dans life, histoire

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Ben Gomme 04/12/2015 17:37

Passionnant.