Concert sans poète - Klaus Modick

Publié le par Madame Tassa

@tassadanslesmyriades

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Concert sans poète

Klaus Modick

éditions Slatkine et compagnie

Résumé:

A l'été 1900, Rilke s'invite à Worpswede, où le peintre Vogeler a fondé une communauté d'artistes. Admiré, fêté, le jeune poète finit très vite par s'aliéner le phalanstère. Vogeler raconte. Klaus Modick lui prête sa plume.

Je remercie les éditions Slatkine et Compagnie pour l'envoi de cet ouvrage.

A première vue, ce livre semble destiné à une certaine catégorie de lecteurs, je dis bien à première vue. Tout le monde ne connaît pas le poète Rilke ni le peintre Vogeler et j'ai moi même pâti de cette ignorance. Ils sont pourtant tous les deux très, très connus. Voici "Le Printemps" par Heinrich Vogeler:

J'ai donc entrepris de découvrir un peu l'oeuvre de ces deux artistes pour tenter de comprendre ce roman.

Et puis finalement, je me suis laissée prendre par la lecture de 'Concert sans poète'. J'ai beaucoup aimé cette lecture parce qu'elle mêle tous les éléments dont je suis une grande amatrice: le côté historique, le côté poétique, le côté romancé, les émotions, de beaux personnages, le côté philosophique aussi. 

Ce roman se lit doucement, à petite dose, tendrement, délicatement, la plume de l'auteur est juste et incroyablement imagée. C'est cette écriture tour à tour poétique, puis plus prosaïque qui m'a plue énormément. L'auteur retrace les vies croisées d'un peintre et d'un poète et leur histoire commune est touchante. Si vous connaissez un peu les histoires d'artistes entre eux, dont l'amitié devient vite passionnelle, tout comme chez Van Gogh et Cézanne, ou encore Verlaine et Rimbaud, Camus et Sartre, de ce point de vue là, la relation entre Rilke et Vogeler commence sur une admiration commune, chacun mettant l'autre su un piédestal. Peu à peu leur vie semble se différencier, prendre des atours différents, l'un a quelques difficultés financières, l'autre reçoit des commandes à foison. De là se crée une certaine jalousie. Et puis peu à peu, ils finissent par admettre leur complémentarité... Mais il n'y a pas que cela, il y a aussi les femmes, et si l'un est marié et ne court pas les jupons, le poète Rilke, lui, est séduisant par sa verve poétique et plaît à bien des femmes...

D'ailleurs en lisant ce roman j'ai eu très envie de découvrir la vie des femmes peintres/artistes de l'époque. Paula Modersohn Becker par exemple a été véritablement sous estimée, parce que femme, en son temps. Tandis qu'aujourd'hui on redécouvre sa peinture sensible et intense.

L'auteur dessine une peinture, un instantané qui capture les processus créatifs et les échanges entre artistes ainsi que leur rivalité. Chacun se jauge, se juge et chacun tente de puiser en l'autre pour créer.

L'aspect historique est très présent aussi, car l'on se retrouve plongé dans un univers du début du XXème siècle, avec les coutumes, les costumes, et tous ces petits détails qui font leur importance dans un bon roman.

Petit bémol, si vous cherchez un roman avec une intrigue, passez votre chemin. Cet ouvrage est magnifique parce qu'il a l'ambition de décrire quelque chose d'un peu abstrait, ce phalanstère, cette communauté foisonnante d'artistes. Pour autant, l'auteur utilise une narration basée sur des retours en arrière. Le roman réussit ainsi à expliquer pourquoi Rilke et Vogeler ne resteront pas éternellement ensemble malgré leur élan de créativité.

SI vous aimez la poésie, il faut absolument lire ce roman. Même si l'auteur précise qu'il a brodé autour de certains faits connus entre les deux artistes, je pense qu'il a réussi formidablement bien à capter cette intensité, cette admiration, cette beauté chez l'un comme chez l'autre.

C'est vraiment une agréable surprise que cette lecture que j'appréhendais beaucoup puisque je n'en avais jamais entendu parler auparavant. J'aime les lectures qui m'ouvrent de nouveaux horizons.

Note: Originalité 5/5 Style 5/5 Intrigue 3/5 Emotions 4/5 = 17/20 ❤❤❤❤

Les vestiges du cercle ont donné naissance à ce que Paula nomme la "famille" de Worpswede - une famille elle aussi déchirée et divisée depuis longtemps. La remarque de Nietzsche, selon laquelle toute communauté rend commun, serait-elle juste ? Bien sûr qu'on a besoin d'amis, d'âmes soeurs et aussi d'amantes. Mais a-t-on besoin du mariage ?

Concert sans poète, Klaus Modick, p.111

Le lendemain de Noël, ils se rendirent en omnibus à Worpswede. En Allemagne du Nord, l'hiver était froid, humide et tempétueux; des averses de pluie et de grêle provenant d'un ciel sombre alternaient sans transition avec des éclaircies où le soleil tombait sur la plaine dans une transparence cristalline. L'air humide transfigurait le bois incolore et ternes des clôtures et des treillis, leurs nervures étincelaient, parfois ceintes d'une nuance vert fumé et de lichen gris argenté comme des tentures en brocart ou des tuniques anciennes, et des voiles de soie semblaient tissés autour des troncs des bouleaux.

Concert sans poète, Klaus Modick

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Publié dans romans, bookstagram

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Herbe Folle 11/04/2017 21:25

Je note, je pourrais bien me laisser tenter ! Merci pour la découverte :)

Madame Tassa 12/04/2017 08:55

Merci d'être passée sur mon blog :)
C'était une excellente découverte pour moi ce livre !