Tout est brisé - William Boyle

Publié le par Madame Tassa

@tassadanslesmyriades

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Tout est brisé

William Boyle

 

Résumé: Tout semble brisé dans la vie d’Erica. Seule avec son vieux père tyrannique tout juste sorti de l'hôpital, elle n'a plus de nouvelles de son fils Jimmy, un jeune homme fragile parti errer à travers le pays sans avoir terminé ses études. Mais voilà qu'après un long silence, Jimmy revient à l'improviste, en piteux état. Erica fera tout pour l'aider, décidée à mieux le comprendre et à rattraper le temps perdu. Mais Jimmy se sent trop mal à l'aise face à sa mère, dans ce quartier de Brooklyn hanté par ses souvenirs ; un profond mal de vivre que ni l'alcool ni les rencontres nocturnes ne parviennent à soulager. Erica, elle, ne veut pas baisser les bras... William Boyle revient au décor et aux personnages de Gravesend, qu’il évoque avec une mélancolie déchirante dans la veine de Fitzgerald et de Bob Dylan lorsqu’il chante Everything is broken. Traduit par Simon Baril. (source: Gallmeister)

Attends un peu, dit Frank en renversant une grande pile et en éparpillant les livres sur le sol. Au paradis, j'espère seulement me retrouver dans une pièce où tous mes fichus bouquins seront rangés par ordre alphabétique. Et toi, il ressemble à quoi ton paradis?

p. 86 "Tout est brisé" de W. Boyle

Enfant, lorsqu'il jouait aux jeux vidéo, Jimmy n'aimait pas les intrigues. Il aimait explorer des mondes, déambuler au hasard, ouvrir tous les tiroirs, placards, armoires qu'il pouvait. Il s'en fichait de l'action. La violence, c'était du gâchis. Pareil pour ce qui était de résoudre un mystère ou de se porter à la rescousse de quelqu'un. Il rêvait d'un jeu où, tout simplement, le personnage se réveillerait, se préparerait des oeufs pour le petit déjeuner, affronterait une longue et pénible journée en se retrouvant face à des choix tels que monter à bord de ce car ou non, retourner chez sa mère ou espérer que vos vieux potes vous accueillent avec bienveillance lorsque vous vous pointerez chez eux les poches vides et avec l'intention d'y rester.

p. 163 "Tout est brisé" de W. Boyle

 

Merci à la maison d'éditions Gallmeister de m'avoir permis de lire cette publication de la rentrée littéraire !

Il y a quelque chose de brisé, de fêlé, de blessé dans l'ouvrage que propose William Boyle. Oui, dès les premières pages, vous sentez que quelque chose n'est plus comme avant. Et c'est avec cet élan de mélancolie que l'auteur nous entraîne dans les tranches de vies d'Erica, la mère (et la fille aussi) et de Jimmy, le fils. Chacun est là, sur Terre, et ils se demandent bien pourquoi. Erica sent bien qu'elle s'est sacrifiée toute sa vie, et qu'elle ne peut échapper à ce sacrifice : aider son vieux père, aider son fils alcoolique... On ne peut fuir son destin que si on blesse les proches. Et pourtant, son père la déteste parce qu'elle a décidé de le mettre en maison de repos et de rééducation. Et Jimmy, son fils, la déteste parce qu'elle ne le comprend pas, elle ne comprend pas son mal être. Et ils évoluent tous, comme des étrangers l'un pour l'autre. Ils sont là et en même temps, ils ne le sont pas vraiment. 

C'est sur ce fil ténu de la vie que William Boyle nous raconte les déboires et les malheurs d'une famille. Il raconte avec douceur et beaucoup de poésie dans ses mots, la société d'aujourd'hui, la vie, la vraie. L'auteur a cette écriture presque cinématographique qui colle parfaitement à une œuvre d'analyse de la société américaine. Cette société qui semble stagner, s'enorgueillir du progrès, mais qui ignore les laissés pour compte, ceux sur le bas-côté, ceux qui n'en valent pas la peine de toute évidence... Au fur à mesure du récit, on entre plus profondément dans les pensées des uns et des autres, on essaye de comprendre l'alcoolisme de Jimmy, les indécisions et les doutes d'Erica. On voudrait leur donner des claques, on voudrait qu'ils se bougent, qu'ils entrent dans la vie, la Vie avec un grand V, qu'ils profitent, qu'ils sourient un peu... Et puis, soudain, alors qu'on penserait que le roman s'enfonce dans le désespoir et la tristesse, un rayon d'humanité traverse le roman

C'est un roman sur la solitude des êtres, sur le passé, sur la famille. Ce roman nous dit qu'on ne peut pas vivre seul, qu'on ne peut pas laisser les souvenirs envahir le présent. C'est un roman qui fait qu'on ne peut pas rester passif, dans l'inaction. Un roman sur les retrouvailles. Faire table rase du passé, pardonner, avancer.

J'ai trouvé ce roman très juste et empreint de poésie, avec une pellicule de mélancolie qui recouvre chaque page. C'est comme un vieux vinyle, dont le chanteur à la voix éraillée chante une litanie emplie de spleen. Une belle lecture.

Ma note : Style 3.5/5 Originalité 4/5 Intrigue 3.5/5 Emotions 4/5 = 15/20 ❤❤

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