La vie, la vie, la vie, la vie quotidienne à Rome à la fin du Ier siècle

Publié le par Madame Tassa

La vie, la vie, la vie, la vie quotidienne à Rome à la fin du Ier siècle après que J.-C. nous ait gratifié de sa présence sur Terre

Catégorie: Chronique Historique d'une Française dans la Lune

Ce texte est strictement personnel, il ne reflète en rien la pensée d'un historien, ni ne constitue un support académique officiel et approuvé. Il est sûrement bourré de fautes et d'erreurs mais j'espère qu'il vous divertira quand même un peu. ;)

Bonjour à vous, lecteurs et lectrices chevronnés que vous êtes ! Et voilà, ça y est tu te dis, la voilà repartie pour nous écrire une de ses chroniques historiques pourries sur un sujet complètement nul et ringard ... peut-être... et peut-être aussi que j'écris cet article pour une raison complètement hypocrite et égocentrique : je ne suis pas très motivée en ce moment (dans ma tête), alors que je suis très productive... #paradoxe quand tu nous tiens - bref. Je me suis dit qu'en écrivant un article de blog sur un sujet que je dois absolument étudier de fond en comble pour un très célèbre et néanmoins obscur concours, j'allais sûrement écrire quelque chose qui avait plus de sens que si j'avais simplement ouvert un carnet ou un énième fichier Word pour y taper une fiche presto-rapido comme la pizza domino servie tiède à l'arrivée. #remboursementSVP

Comme j'ai un peu la nausée et que j'ai pas trop le moral, que j'ai mal partout et que je me sens vieille, depuis mon lit, je lis, j'écris, je cherche, j'explore, je scrute, j'observe, je constate et je fais quelques tentatives... et je regarde des images de chatons et de chiots mignons :

oooooh c'est si mignon

Et donc, me voici, avec mon sujet. Oui, tu auras reconnu la célèbre chanson d'un générique d'un programme animé dans le titre. La vie, la vie, la vie. Maintenant, tu l'as dans la tête, c'est bien fait pour toi ! Et je suis certaine que tu as toujours rêvé d'en savoir plus sur la vie quotidienne d'un Romain à Rome vers la fin du Ier siècle de notre ère. Certes, il faut partir du principe qu'un Romain du Ier siècle après que Jésus Christ soit né et décédé ne se vautrait pas devant la télévision tous les soirs en mangeant des chips de la marque distributeur et ne prenait pas les transports en commun dès 6h du mat' pour rejoindre le boulot au vingt-sixième étage d'un building parisien.

Mais, wait for it! ... ça n'est pas pour cela que la vie d'un Romain est ennuyeuse à mourir. Au contraire c'est plutôt excitant... ou pas, à toi de juger, lecteur.trice !

C'est excitant !!

Urbs, I did it again

Il faut donc s'imaginer la ville de Rome, non pas comme Paris ou la ville de New York, mais plutôt comme une cité foisonnante, entre anarchie des constructions et splendeurs et rectitude des monuments les plus précieux. Si l'Urbs, la Ville, ne possédait pas encore ses magasins H&M et Zara ni ses grands parkings ou ses parcmètres, elle était tout de même dotée d'un grand forum, la place publique en fait, d'une basilique judiciaire, de deux bibliothèques, d'une colonne grandiose pour impressionner les visiteurs et d'un gigantesque marché couvert pour aller acheter son poisson et sa confiture, muni d'un cabas et tout le tintouin.

Moi, tout de suite, curieuse, je m'intéresse aux deux bibliothèques! Sérieusement, deux bibliothèques! Pourquoi faire ? eh bien l'une contenait les volumes grecs, la seconde les volumes latins et puis aussi les archives impériales, quelques manuscrits et une série de bustes d'écrivains célèbres. En gros, pas d'ordi ni de connexion Internet, mais le luxe et le charme de beaux lieux culturels. Les livres n'avaient pas la forme qu'ils ont de nos jours, c'était plutôt des sortes de rouleaux, comme des rouleaux de papier toilette mais que tu dois ré-enrouler après chaque... lecture. (*je sais ma comparaison est horrible*)

Si l'Urbs n'était pas au fait des centres commerciaux Carrefour et compagnie, le forum de Trajan était tout de même très impressionnant. Le "marché" se composait de cinq étages, d'une centaine de tabernae ou magasins, pour vendre les épices, les huiles et autres denrées. Manquaient plus que des Escalators et un aquarium géant et on se serait cru dans le centre commercial géant de Dubaï (Dubai Mall).

Une chose importante qu'il ne faut pas oublier de signaler, c'est que contrairement à nos villes aujourd'hui, l'Urbs romaine se tenait solidement ceinturée par une muraille, certes pas la muraille de Chine, mais un mur assez épais et des protections assez dissuasives pour faire reculer un Hannibal en colère. Et un Hannibal en colère peut faire très mal :

Vas-y lâche-moi sale bâtard

La vie de quartier

L'Urbs si elle était une cité impériale, une cité des dieux et du politique (sénateurs et comices), à l'époque de César et d'Auguste, il y avait 150,000 pauvres indigents qui nécessitaient qu'on leur distribue le blé gratuitement. Les Restos du Coeur avant l'heure... bien triste.

La ville était organisée en vici, en quartiers, avec des vicomagistri, sorte de 'maires'. Il est très difficile de recensé la population et la démographie totale de l'Urbs. D'une part parce que les archives ne décrivent souvent qu'une partie des "citoyens", pour la plupart fréquemment des soldats et des hommes en écartant les femmes, les enfants, les esclaves et les étrangers. D'autre part, parce que même en délimitant la ville d'un point de vue archéologique, la muraille qui entourait l'Urbs n'était pas à proprement parler la fin de la ville, et puis parce qu'établir une densité de population à partir de ruines, c'est tout de même assez compliqué, tu t'en doutes.

Les habitants de l'Urbs pouvaient profiter d'une quarantaine de parcs et jardins, de cirques, de sanctuaires, de thermes et de jolies promenades dans des ruelles étroites, des venelles labyrinthiques et obscures, seuls passages coincés entre de larges immeubles, (pour se bécoter sur des bancs publics). 

Il a pécho dans une ruelle

Viens à la maison, y'a le printemps qui chanteuuuh

Quant aux habitations, si tu étais assez fortuné tu pouvais acquérir ce qu'on appelle un domus pour "domaine", et si tu étais étudiant sans le sou, tu pouvais vivre dans des insulae pour les plus petites maisons et appartements réunis en cenacula. Les domus sont construits autour d'une cour intérieure et sur un plan comme suit: fauces, atrium, alae, triclinium et tablinum, puis péristyle. Les insulae grandissaient verticalement et beaucoup faisaient jusqu'à trois étages. Dur dur de monter ses courses jusqu'en haut sans ascenseur, mais les Romains avaient de bons petits mollets.

Les commerçants avaient des échoppes, des étales parfois dans des tabernae constituées d'une pièce unique ou alors on pouvait trouver une échelle ou un petit escalier pour monter dans un réduit dans lequel vivait la famille du marchand. Si le marchand ne parvenait pas à payer correctement son propriétaire, ce dernier se donnait le droit de retirer l'échelle conduisant au réduit afin de priver le marchand d'un privilège... Déjà des requins, les proprios de l'époque ?

Allumez le feu!

Selon Pline l'Ancien, les Romains aimaient à fleurir leurs façades, fenêtres et balcons de plantes grimpantes ou de jardinières, notamment sur les loggias pergulae qui s'alignaient au-dessus des grandes voies. L'eau était peu accessible dans les étages, d'où une source d'incendies exponentielle. Selon des témoignages il ne se passait pas un jour sans qu'il n'y ait de terribles incendies à Rome. Pourtant la ville s'était dotée de quatorze aqueducs, un service d'intérêt public de distribution de l'eau avec pas moins de 247 castella (châteaux d'eau) malheureusement réservés aux propriétaires fonciers. Et comme tu pouvais pas aller t'acheter ta petite Vittel dans la supérette du coin,... le Romain était vite assoiffé. Si tu as joué à Caesar ou à Pharaon comme moi sur ton vieux PC Windows avant XP, tu connais les aquarii, les fameux porteurs d'eau, profession proche de l'esclavage, comme les portiers ostiarii et les balayeurs zetarii qui font partie du décor romain.

Date importante : grand incendie de Rome de 64 après J.-C. (Néron) (moyen mnémotechnique pourri: Nintendo 64)

Le catalogue IKEAAAA des Romains

Dans une maison on trouvait des lits à une place : lectuli, #tristesseDuCélibataire, des lits de couple, lectus genialis, des lits à trois places dans les salles à manger des nantis: triclinia. Il n'y avait pas de tables à proprement parler, avec quatre pieds, ni de chaises, les Romains n'en voyaient pas l'utilité car ils travaillaient et mangeaient souvent allongés comme des limaçons fainéants. Les Romains se contentaient d'escabeaux ou de bancs pour poser leurs petites fesses délicates. Les chaises cathedrae ou trônes thronus étaient assez rares et réservés à des catégories sociales comme les prêtres, les lettrés dans leur schola, les riches dans leur cubiculum (sorte de chambre, boudoir).

Quant aux commodités telles que les toilettes, il existait des latrines publiques, que l'esclave nettoyait de ses immondices, et des latrines privées dans les habitations que personne ne nettoyait vraiment et qu'il fallait vidanger soi-même de temps en temps quand même à moins de vivre dans une insalubrité et une odeur répugnante. Une tuyauterie géante ressemblant de très, très loin au tout-à-l'égoût traversait Rome, la cloaca maxima pour se déverser dans le Tibre, avec classe. Les riches Romains sont réputés pour faire leurs besoins en public. Il n'était pas rare de les voir assis les uns à côté des autres sur des cuves finement décorées afin de soulager leurs envies tout en discutant impôts locaux, de l'ouverture d'un tout nouveau magasin de tapisserie et des derniers scandales people. Les miséreux, eux, jetaient leurs urines dans les fumiers du voisinage, dans les rivières, dans des cuves prévues à cet effet ou bien directement du haut de leur fenêtre.

Tiens, bande de gueux!

Vie sociale

La catégorie la plus basse est constituée des humbles ou humiliores, souvent écartés de la vie politique et citoyenne, puis il y a les honestiores, les "bourgeois" du coin ayant constitué un petit pécule, et ensuite les classes "supérieures" se hiérarchisent entre elles via des noms de groupe à coucher dehors comme "homme distingué" (vir egregius), "homme très éclatant" (vir clarissimus), j'en déduis qu'ils se lavaient très certainement avec le détachant universel Eau écarlate... bref.

Et puis il y a les esclaves, les servi. Leurs occupations et tâches sont aussi variées que le nombre de fans de Justin Bieber sur Terre (qui va en diminuant malgré tout). Certains exécutaient les plus basses missions en récurant les thermes et les latrines, quand d'autres accompagnaient leur maître dans des conversations savantes ou s'occupaient des comptes, d'autres étaient cuisiniers (coci) ou étaient nommés préposés aux épingles de l'empereur (les a fibulis) ou dégustateurs princiers (praegustatores), par exemple. Auguste avait décrété qu'un maître pouvait avoir jusqu'à 100 esclaves, rien que ça. Mais certains en avaient beaucoup plus! Il existait même un statut intermédiaire de demi-citoyen. Triste vie... Selon des sources, 80% au moins de la population de Rome était issue d'un affranchissement ou d'une servitude ancienne. L'ascenseur social fonctionnait plutôt bien alors...

Les serviteurs étaient classés en plusieurs catégories également, chez les très riches surtout, on appelait les esclaves qui restaient à la maison les servi atrienses et ceux qui sortaient de la ville (pour travailler dans la campagne ou une maison secondaire par exemple) s'appelaient les viatores ou cursores. Les esclaves étaient numérotés par décuries... comme s'ils avaient un code barre et une étiquette de provenance Made in China ou Made in Italy...

Si la Sécu et la CAF n'avaient pas encore été inventées, près de la moitié de l'Urbs vivait peut-être des aides et de la charité publique (l'Anonne). Une famille avait en moyenne cinq bouches à nourrir, ce qui fait pas mal de gamelles à remplir. Et bien que l'argent ne fasse pas le bonheur, à Rome, c'est tout de même l'odeur des sesterces qui vous faisait entrer dans la Haute Société.

Ploutocratie

S'il y avait bien une classe moyenne et des petits bourgeois, ils étaient eux-mêmes écrasés par l'argent et le pouvoir des puissants multimillionnaires, propriétaires de grandes villas et de grands domaines dans la ville et hors la ville et de grandes entreprises dignes des multinationales d'aujourd'hui. Ces mêmes multimillionnaires détenaient les rênes du "gouvernement" et du Sénat, prenaient les plus grandes décisions et influaient sur tout. Imaginez donc quelques centaines de Donald Trump multimillionnaires achetant leur propre campagne électorale pour gagner le pouvoir à coût de dorure au plafond et de marbre aux toilettes.

C'est ce qu'on dit

Bérénice : "Je l'aime, je le fuis ; Titus m'aime, il me quitte" - Jean Racine (1670)

Peu à peu, dans le droit familial, la descendance masculine ou agnatio laissa place à la cognatio, descendance féminineLa mère peut avoir la garde de ses enfants peu importe le père. La famille romaine est basée sur la conjunctio sanguinis. La patria potestas (l'autorité du père de famille, pater familias) s'estompe petit à petit, le pouvoir absolu du père disparaît bien que très prégnant encore par rapport à notre société actuelle. Le père n'a plus le droit de vie ou de mort sur sa famille, seul le droit d'exposer son nouveau-né est des plus répugnants et reste autorisé (non, ça ne signifie pas que le père exposait son enfant devant la foule comme dans le Roi Lion du haut d'un rocher, en fait, c'est que le père pouvait laisser mourir son bébé sur un dépotoir s'il jugeait qu'il ne pouvait s'occuper de son enfant ou le plus souvent s'il s'agissait d'une fille ou d'un bâtard). Sympatoche la famille.

Au secouuuurs!

Pour se marier, on devait d'abord se fiancer devant la famille, festoyer et ripailler comme de bons vivants avec l'assentiment des deux pères respectifs. On remettait même un anneau symbolique. 

La fiancée vêt un voile flammeum, orangé, pour dissimuler son visage. Elle met de la verveine, de la marjolaine, de la myrte ou de la fleur d'oranger dans ses cheveux. L'on commet un sacrifice dans un sanctuaire ou dans l'atrium du domaine pour l'occasion, des témoins apposent leur cachet sur un contrat de mariage (ouais comme à la mairie aujourd'hui...), bien qu'un contrat écrit ne soit pas obligatoire. On ne jette pas du riz mais des noix aux enfants (ça doit faire mal quand même...). Les femmes étaient à une période, exemptées de tutelle (du mari ou du père?) lorsqu'elles avaient eu trois enfants. Belle émancipation... on crierait au scandale aujourd'hui. Le but était de rendre les familles prolifiques en progénitures.

La femme romaine était vue comme émancipée et héroïque. Une image commune de la femme romaine est celle de la femme de haute société, tenant les ficelles du pouvoir, dans les coulisses, ou encore la mère qui veut placer tous ses enfants aux meilleurs postes, l'épouse dévouée et fidèle qui se suicide avec son mari quand rien ne va plus, la femme lettrée et savante qui relit son mari et surveille ses affaires...

Pour divorcer, c'était le droit du mari de répudier sa femme. Même s'il était rare de divorcer (afin de ne pas restituer la dot de la femme), sous Auguste, le divorce était plus "facile". Il était souvent la volonté d'un seul des conjoints et la législation était devenue plus souple quant à la restitution dotale. Le mari pouvait garder la dot s'il avait des enfants à charge (propter liberos), soit parce qu'il pouvait toucher des dommages et intérêts pour les gaspillages de son épouse qui aurait acheté trop de soutiens-gorge chez Victoria's Secret (propter impensas), soit pour des détournements que son épouse avait faits pour s'acheter le dernier sac à main en peau d'alligator australien, ou pas (propter res amotas), ou parce que cette dernière s'était mal conduite (propter mores), oulala, la fessée!

L'abus de servage était aussi courant et aurait contribué à la dégradation des mariages et des moeurs romaines. En effet, un homme pouvait s'attribuer pour maîtresse une servante, esclave, lui faire des enfants en toute impunité et les reconnaître comme bâtards officiels. Ce qui contourne un peu la monogamie... Les femmes pouvaient aussi de leur côté s'allouer des services des serviteurs masculins, en nature bien sûr. 

Tu seras un homme, mon fils

Le ​​​​​​​ludus litterarius c'est l'école primaire. Les élèves étudiaient le calcul avec des calculi, des cailloux qu'ils poussaient sur des abaques pour compter les dizaines et les centaines. Les cours avaient lieu dans des endroits divers et variés, sur des bancs, des escabeaux, dans la rue, sous l'auvent d'une échoppe. L'éducation n'était pas excellente mais malgré tout on y apprenait quelques éléments de grammaire et de rhétorique. Le maître ou magister n'avait pas une excellente réputation (sa profession du moins), eh ouais que voulez-vous, trop de congés maladie, de vacances scolaires, voilà ce que ça donne, des maîtres paresseux! L'instituteur ou litterator, le grammaire, grammaticus, et le rhéteur, rhetor, étaient l'apanage des classes aisées de la bourgeoisie et de l'aristocratie, tandis que la plupart des jeunes soldats qui entraient dans l'armée étaient illettrés et ne savaient tenir les comptes. L'influence de l'enseignement grec était prégnant. Les grandes écoles d'Orient, de Rhodes, de Pergame et d'Athènes donnaient le ton.

A Rome, Vespasien avait banni les philosophes mais récompensait les rhéteurs et les grammairiens. Va savoir, peut-être qu'il ourdissait une petite vengeance personnelle parce qu'il n'avait jamais réussi à comprendre le mythe de la caverne... qui sait ?

Hein!?? Mais que se passe-t-il? Vengez-moiiii !!

Le Panthéon des dieux

Si les Grecs avaient le mont Olympe, les Romains ont leur Panthéon. Des dieux, ils en ont certes beaucoup, mais chacun a sa place et son utilité. On pourrait d'ailleurs qualifier la religion  païenne romaine d'utilitaire. 

Les citoyens et les habitants de Rome utilisaient la religion à leur guise, les marins avaient leur dieu, les cuisiniers aussi. Les Romains, ces gros fêtards, adoraient les beuveries et les bonnes victuailles, ils aimaient à fêter Anna Perenna, ancienne déesse, et dansaient et chantaient en festoyant gaiement. Jupiter et Minerve quant à eux n'avaient pas la cote. Les Romains les boudaient parce qu'ils n'étaient pas assez "fun" et détendus du slip... désolée pour l'expression.

Malgré tout, le peuple romain reste un peuple imprégné de cultes, de sacrifices, de divination,  d'oniromancie, d'horoscopes, de rites, de présages, de prophéties, de sacerdoces, de boissons fermentées et de transes vaporeuses, même si chez les lettrés les croyances s'évanouissent dans la moquerie de la bigoterie et de l'ignorance des illettrés, la sécularisation de Rome est en marche (pas d'affiliation avec un quelconque parti politique). Le divin, divus, s'évapore au profit d'un culte de la personne chez les différents augustes et empereurs. Le monothéisme est de toute évidence en approche, car Jésus crie... (blague pourrie).

C'est sous le règne de Tibère, titi pour les intimes, vers 19 de notre ère, qu'une colonie de Juifs vint convaincre les Romains de la grandeur du monothéisme. La Chrétienté ne tarda pas à arriver par le même chemin, offrant les mêmes possibilités de salut, salus, et de rachat des péchés pour mourir en fin de compte, au Ciel. La religion chrétienne rétablit la morale et les valeurs d'une société qui s'était perdue dans la décadence.

L'emploi du temps de Monsieur le Ministre

Depuis la réforme julienne en 46 avant J.-C., le calendrier romain ressemble au nôtre. Ouf! Avant cela les Romains ne voyaient pas l'utilité de compter les heures. C'est tout juste si un type posté au milieu d'une place ne venait pas vérifier que le soleil était à son zénith ou qu'il était bien midi pour délimiter le matin de l'après-midi... chez les Grecs on connaissait le cadran solaire, la clepsydre, l'horologium... tandis que les Romains regardaient juste la hauteur du soleil et celle des ombres au sol... assez approximatif comme système, mais tellement plus "relax", n'est-ce pas?

En général, un Romain se levait tôt, au chant du coq, ou pas, surtout parce que n'ayant pas d'éclairage suffisant à la tombé de la nuit, il tenait à profiter des premières lueurs du soleil.

Pas de journal du matin sur BFMTV ni d'Yves Calvi sur RTL, le Romain sautait hors de son lit et parfois entreprenait une légère toilette, sauf s'il allait directement aux thermes ou chez le tonsor pour les soins de la barbe et des cheveux.

Johnny is ready

La Romaine faisait ses ablutions au saut du lit, s'occupait de son ornamenta, sa parure, et de ses cheveux. Pour les riches Romaines, c'était la tache d'une ornatrix, ornatrice que d'embellir sa maîtresse. 

Quant à l'esclave, il devait se lever avant son maître ou sa maîtresse pour balayer, nettoyer, faire luire et briller, dépoussiérer et laver, parfumer et rendre présentable le domaine pour lequel ils étaient employés.

Le plumeau et moi, une grande histoire d'amour

Bon, bien entendu si tu n'avais pas d'esclave, c'était à toi de faire la dure corvée de vaisselle et de récurage des toilettes...

Ensuite, il fallait aller faire son marché. On allait voir le piscatrix, le poissonnier, les fructuarii, les vendeurs de fruits, les pastillarii, les confiseurs, les thermopolae, les cabaretiers qui mélangeaient l'eau et le vin, hic!, les rosarii, fleuristes, vendaient de belles fleurs aux nantis, que les coronarii assemblaient en belles couronnes de fleurs. On allait chez les sutores, les cordonniers, chez les tinctores, les teinturiers. Et puis il y avait de très nombreuses corporations de métiers.

Les corporations, poils au...

Les tanneurs (corarii), les cordiers (restiones), les métallurgistes (ferrarii)... mais aussi les muletiers (muliones), les bateliers (lenuncularii), les gardiens (custodiarii)..., etc. Grâce aux corporations, leur profession était protégée et ils possédaient quelques droits tout en évitant l'installation illégale de professions concurrentes.

Où sont les femmes ?

Chez les femmes aussi, beaucoup travaillaient. Les couturières (sarcinatrix), elles coiffaient (ornatrix), elles étaient sage-femme (obstetrix), elles étaient nourrices (nutrix), elles étaient cruelles et sans vergogne (Bellatrix), bon, ok, la dernière profession est une boutade (#HarryPotterForever!).

Je ne veux pas travailler

T'en as marre de mes références musicales dépassées ? Pas grave. Sache que dans la Rome impériale, il y avait plus de la moitié de l'année en jours fériés obligatoires, environ 182 jours. Attention cela ne voulait pas dire que le monde s'arrêtait mais c'était des jours de fêtes, feriae, et des ludi, des temps de jeux en l'honneur des dieux. C'était des temps de pauses, d'amusements, de célébrations. Et on fait tourner les serviettes ! Patrick Sébastien sors de ce corps !!!

Du pain et des jeux

Si les Romains parvenaient à se distraire, ce n'était pas en allant au multiplex cinéma Pathé mais bien en allant voir les courses de chevaux débridées au cirque, en pariant (paris: sponsiones), en hurlant et en mangeant quelques volailles rôties, ou en allant écouter des lectures publiques (surtout chez les lettrés), de pièces de théâtre au dénouement cathartique et salvateur d'Ovide en passant par Sénèque, pièces dialogues (diverbia) ou chantées (cantica). Il y avait aussi de la danse, des pantomimes, de la musique et des silences, la foule qui crie et qui réclame, on jouait tous les grands mythes, d'Oedipe en passant par Hercule et Agamemnon. Les comédies de Plaute paraissaient un peu désuets mais on les jouait encore, comme on joue Molière toujours. Seulement le Romain préférait la tragédie. 

Ave Imperator, morituri te salutant ! (Ave César, ceux qui vont mourir te saluent!)

On allait aussi dans les terribles arènes aux murs ensanglantés des amphithéâtres. On allait voir le munus, sacrifice humain, donné en l'honneur des dieux et surtout des augustes pour distraire un peuple à la soif de violence démesurée. Les lanistae étaient ceux qui marchandaient les combattants qui allaient mourir dans l'arène. Ils s'en occupaient comme on s'occupe d'une écurie de chevaux, en moins bien sûrement. Mais il n'y avait pas que les gladiateurs qu'on sacrifiait dans le Colisée inauguré par Titus en 80. C'est la chrétienté qui effaça le sang des amphithéâtre et supprima ces jeux mortels. Dieu vous le rendra!

Jeux interdits

Bien entendu, il existait chez les Romains quelques distractions mal vues, même interdites qui pullulaient dans les rues de Rome. Le Romain désoeuvré déambulait dans une allée d'échoppe et de cabarets, venait y boire un petit Ricard puis se faufilait à l'arrière-boutique où se trouvait un tripot. On y jouait aux dés, aux osselets, on y pariait des sommes astronomiques. Les joueurs (les aleatores) qui pariaient sur le hasard, perdaient beaucoup, jusqu'à leur réputation, et cela était très surveillé par le pouvoir impérial. Les bouges et les lupanars étaient monnaie courante. Le pouvoir impérial, lui, préférait vous voir baver devant des gladiateurs ou des courses de chevaux organisées plutôt que dans ces lieux de débauche. 

Non, je peux pas venir, j'ai aquaponey

Les thermes, c'est la vie, pour un Romain ou une Romaine. Ils étaient approvisionnés par d'énormes aqueducs. On allait se mettre à poils dans l'apodyteria, on entrait ensuite dans le tépidarium, pièce tiède, il y avait le frigidarium pour se baigner dans l'eau refroidie, et le caldarium, comme une sorte de hammam, et des chambres, la sudatoria et la laconica, pour suer dans la vapeur et montrer ses pectoraux. Mais ceux qui préféraient s'adonner à des activités plus intellectuelles s'y retrouvaient aussi, même tout nu, tu pouvais trouver des salons, des bibliothèques, des salles d'exposition et de gymnastique autour des thermes. Un esprit sain dans un corps sain, selon Juvénal (et pas Juvamine). Contrairement à la légende, les bains balnae, n'étaient pas toujours séparés pour les hommes et les femmes. Sous Trajan, la promiscuité était tolérée mais finalement sous Hadrien, à cause de scandales à répétition dignes d'une Une dans Paris Match ou Gala, les autorités refusèrent la mixité dans les bains.

La fin de la journée : qu'est-ce qu'on mange ?

Le soir, on mange bien, c'est l'heure du dîner, moment de rassemblement, c'est la cena. On mangeait allongé, sur un lectus, un lit, ou un triclinia lit à trois places. Les riches mangeaient à s'en éclater la panse, les autres se contentaient de restes, de produits issus du froment, du pain quoi, quelques poissons, du vin chaud. Les Chrétiens, se rassemblaient pour des cenae sobres et pieux afin de nourrir leur âme, lors des repas appelés agapes.

Voilà c'est finiiii ! N'hésitez pas à commenter, si vous voyez passer des coquilles.

Je vous conseille vivement de lire le livre de CARCOPINO (Académicien, Ecole de Rome, etc.), une pointure et surtout, même si nombre de ses allégations sont des hypothèses, il réussit le pari de nous plonger et de nous immerger totalement dans la Rome antique avec les mots d'un romancier et le perfectionnisme d'un historien.

Source: CARCOPINO, Jérôme, Rome à l'apogée de l'Empire, collection la vie quotidienne, Pluriel, Paris, Hachette Littératures, 1939. 2008 pour la présente édition.

Publié dans histoire, bookstagram, lifestyle

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Betweenthebooks 18/11/2017 09:20

Eh bien que d'informations! C'est un peu mon domaine puisque je suis lettres classiques mais je ne vais pas pinailler sur des détails. Par contre Carcopino, cette référence, va voir son rôle sous Vichy. Cela relativise l'admiration

Madame Tassa 18/11/2017 09:29

Oui jai vu qu'il datait et que son passé puait un peu. Il n'est pas le seul. Il faut reconnaitre tout de même que neanmoins ça m'a plus aidée que d'autres références imbuvables d'érudition (un trait de caractère des historiens classiques d'après-guerre?) vu que le manuel du sujet vient à peine d'arriver chez moi pour le CAPES. Et que le manuel est moche.