Un certain M. Piekielny - François Henri Désérable (Sélection du Prix Roman des étudiants France Culture et Télérama 2017)

Publié le par Madame Tassa

@tassadanslesmyriades

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Un certain M. Piekielny

 François Henri Désérable

(Sélection du Prix Roman des étudiants France Culture et Télérama 2017)

 

Résumé:

«"Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny..." Quand il fit la promesse à ce M. Piekielny, son voisin, qui ressemblait à "une souris triste", Roman Kacew était enfant. Devenu adulte, résistant, diplomate, écrivain sous le nom de Romain Gary, il s’en est toujours acquitté : "Des estrades de l’ONU à l’Ambassade de Londres, du Palais Fédéral de Berne à l’Élysée, devant Charles de Gaulle et Vichinsky, devant les hauts dignitaires et les bâtisseurs pour mille ans, je n’ai jamais manqué de mentionner l’existence du petit homme", raconte-t-il dans La promesse de l’aube, son autobiographie romancée. Un jour de mai, des hasards m’ont jeté devant le n° 16 de la rue Grande-Pohulanka. J’ai décidé, ce jour-là, de partir à la recherche d’un certain M. Piekielny.» (source : Babelio)

Mince alors ! Si j'ai déjà lu François Henri Désérable dans Evariste, je ne m'attendais pas à adorer ce troisième roman, sublime. Je l'ai lu dans le cadre de la sélection pour le prix du roman des étudiants France Culture et Télérama. Je l'ai lu, d'une traite, sans m'arrêter, enfin presque, j'ai dormi entre temps, traversée par un élan d'admiration pour les écrivains romanciers.

Un FHD (François Henri Désérable), ça commence toujours un peu pareil, avec de l'érudition et du brio ! Au premier abord, on pourrait trouver FHD légèrement vantard, un peu vaniteux même, pourtant c'est toujours quelque chose de chaleureux qui se dégage de son écriture, une plume qui se veut offrante, certes démonstrative, mais toujours à bon escient. C'est un roman optimiste, traversé d'un grand sourire et d'espoir mais aussi d'une réflexion sur une question qui pourrait paraître ringarde par rapport aux sujets des autres romans que j'ai lus pour le prix du roman des étudiants (Point Cardinal et la question de genre, Summer et l'épineuse question de l'adolescence et de la disparition, Mercy Mary Patty et la question difficile de l'émancipation féminine, ou le Chantal Thomas et la question du souvenir et de l'oubli, de la mer et de la mère...). Ici point de sujet aussi dramatique. Ici, on parle de roman. Et quel roman pour parler de roman ? Un roman de Romain Gary bien entendu. Et si comme moi, vous n'avez jamais vraiment lu (ou alors en diagonal pour le lycée, pour ma part), du Romain Gary, eh bien ce livre va vous donner plus qu'envie de vous y remettre. 

Ce roman déborde de passion pour la chose littéraire. Mais il est aussi un moyen et une fin pour l'auteur. Car ce dernier cherche évidemment à justifier sa propre existence d'écrivain (d'où un côté vaniteux qui n'en ai pas vraiment un car il n'y a pas de suffisance chez FHD mais une perpétuelle quête d'amélioration). Dans cet ouvrage extrêmement bien écrit, bien rythmé, drôle et plein de petites cocasseries qui nous cultivent l'esprit (comme l'anecdote du chien de Roger Grenier de chez Gallimard qui grogne quand il entend le mot "Grasset" et bien d'autres encore), FHD nous emmène dans une enquête, ou plutôt une quête, celle d'une obsession: retrouver M. Piekielny. A travers ce personnage trouble mais bonhomme qui n'apparaît que dans quelques lignes du roman de Romain Gary, l'auteur trace une ligne sinueuse autour du passé de Gary et de son propre passé à lui.

Avec justesse et humour, il voit défiler les vies des autres, et la sienne, avec dérision. La vie de Romain Gary n'avait rien de banal. Lorsqu'il nous en parle, il veut signifier qu'il existe quelque chose au-delà de l'écriture. Et dans sa quête à chercher la "vérité" sur ce M. Piekielny, il va finir par découvrir que l'essentiel n'est pas dans le "vrai" ni dans le "réel".

Exercice périlleux et complexe que celui d'écrire un roman sur le roman sans se mettre quelques centaines de lecteurs à dos. Exercice périlleux et difficile que de parler d'un écrivain qui lui-même était éternellement insatisfait. Au début, le roman commence comme une enquête, puis il finit comme un roman.

L'auteur y parle à la fois de l'écrivain, de l'ego d'écrivain, il parle de ces Juifs effacés de la Terre dans des temps troublés par l'idéologie nazie, il parle de la mère comme Mina Kacew, il parle de l'inspiration, de l'enfance, il nous parle des rues, des maisons, des cafés lituaniens. Il nous décrit des gens, des gestes, des dialogues. Tout, dans la langue acérée de FHD, est beau.

J'ai adoré.

Ma note finale : Style 5/5 originalité 4.5/5 Intrigue 4/5 Emotions 4/5 = 17.5/20

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Commenter cet article

Corentine 13/12/2017 10:11

J'ai du mal avec les écrivains qui parlent d'écrivains, et donc d'eux-mêmes... La procédé fait trop narcissique à mon goût :/ Même si tu dis que le monsieur n'a pas la suffisance attendue, je me méfie quand même...
Je dois sûrement faire erreur, mais trop de romans m'attendent :)
Merci pour cet avis en tout cas !

Lectures Gourmandes 11/12/2017 06:59

Tout comme toi, j'ai adoré ce roman !
Il m'a donné envie de me plonger dans La Promesse de l'aube que je n'ai toujours pas lu :)