L'âme de la France: une histoire de la nation des origines à nos jours - Max Gallo

Publié le par Madame Tassa

Résumé : Il n'y a pas besoin de faire un résumé en fait. Le titre est assez explicite. *smiley sourire forcé*

Si vous aimez les discours pour la Grande France, les essais historiques sur le grand Récit National, alors vous serez comblés, satisfaits par Max Gallo et son "Âme de la France". Ou pas. Le phrasé est toujours un peu grandiloquent, la voix chevrotante du vieil historien sur sa chaire, s'élançant au galop (pas de jeu de mot) pour décrire quelque chose de la France du genre "On aaaa tousss en nous quelque chose de Johnny" - je rigole mais là c'est "On a tous en nous quelque chose de Gaulois, de franco-français!".

Bref, ce genre de discours a toujours existé. Reste qu'il ne faut pas oublier la critique. Alors qui veut un peu d'épistémologie et d'historiographie ? "Moi ! Moi !" Oui, je t'ai vu, toi, lever la main là ! 

Quelle est la place du "personnage" dans l'Histoire ?

Chez Max Gallo, le personnage c'est d'abord un souverain, un pontif, un grand militaire, un grand guerrier, quelqu'un qui ne se laisse pas abattre, un chef de clan. Il reste dans cette écriture de l'Histoire du XIXe siècle issue de l'école méthodique, celle du début de l'école des Annales, c'est d'abord et avant tout l'histoire des grands hommes. L'histoire du "politique", la politique-story.

C'est donc sous deux formes que nous présente Max Gallo les grands "rois", les grandes têtes de France. D'abord sous la forme de biographies brèves et ensuite sous la forme de discours enflammés non dénués d'anecdotes sur lesdites têtes couronnées. 

C'est l'histoire au service du pouvoir. On parle uniquement de leurs faits d'arme, des champs de bataille, des questions stratégiques et diplomatiques, des questions militaires et surtout on parle peu du peuple ou alors on ne traite que des élites : les grands bourgeois, les nobles, les aristocrates, les sangs royaux, les figures étrangères importantes ...

La périodisation de l'histoire, c'est-à-dire la chronologie sur laquelle on se base, c'est celle des différents règnes, et malgré tout ce qu'on peut dire, dans la plupart des manuels scolaires et universitaires, cette périodisation est celle qui est préférée même si aujourd'hui on mêle habilement thématique et chronologique.

Max Gallo se place dans la continuité des grands biographes des rois à l'image de Joinville sur Louis IX ou Voltaire et son Le Siècle de Louis XIV cirant les pompes de sa majesté malgré son ton plus critique.

Place à la critique 

D'ailleurs, si au départ, le récit national de Max Gallo est pompeux et irritant, *genre urticaire", il laisse place à la critique de certaines figures de l'histoire, faisant part des vices de tel roi, des moeurs douteuses d'un tel autre, de l'avarice ou au contraire de l'endettement de certains. 

Pour autant, Max Gallo ne parviendra jamais à parler du peuple tel qu'il était à chaque période de sa grande histoire comme l'a fait Michelet. Pas de perspective marxiste du prolétariat non plus (ça n'est pas la même chose que le peuple de Michelet), mais un unique point de vue, une unique classe sociale : celle des riches. Ce sont les grands qui fixent les impôts, ce sont les grands qui trinquent en premier lorsque les impôts augmentent... Max Gallo parvient à utiliser les termes de famines ou de disettes je crois mais avec parcimonie. Il préfère discutailler du manque de volaille ou des règles administratives relou qui ralentissaient les démarches des bourgeois embourgeoisés.

Le récit national

Dès le départ, dans cet ouvrage, Max Gallo fixe le contexte de l'écriture du texte : un contexte politique. C'est le contexte d'une France égarée, perdue, paumée, qui a voté non à la Constitution européenne, qui voit les extrémismes de droit monter dans les sondages, c'est la France qui vote Sarkozy, la France qui ne veut plus d'étrangers chez elle... et pourquoi ? Max Gallo se propose d'éclairer le présent à l'aide de son récit national, se permettant de dire que pour unir les Français, retrouver nos racines communes et notre âme d'éternel coq (WTF), il faut parler des grandes choses qui ont eu lieu en France... si l'on peut parler de grandes choses...Il est certain que le règne de Louis XIV a fait rayonner la France, mais le XVIIIe siècle est un bain de sang tandis que la démocratie voudrait s'imposer et la monarchie voudrait tomber... #FAIL ?

Pour le récit national d'un Max Gallo, la France républicaine est une continuité de la France monarchiste. Preuve en est, on élit certes un président, mais comme si c'était un roi... Mitterrand, Sarkozy en sont des exemples.

Le récit national c'est aussi le récit des grands mythes forgés au fur et à mesure pour redorer le blason du cocorico. On parle de Vercingétorix comme d'un saint sacrifié, de César comme d'un empereur, tout cela pour donner l'air à certains opportunistes comme Napoléon III d'avoir le droit de s'autoproclamer héritier direct des traditions gauloises et romaines.

Le récit national met au panthéon de l'Histoire tous les grands mythes délivrés par nos chers manuels scolaires. Celui de Jeanne d'Arc, celui de la Saint Barthélémy, celui du Roi-Soleil, celui des Croisades en Terre Sainte, celui de la Grande Religion Catholique révélée par les mythes de Saint Martin, Sainte Geneviève, Clovis (pas Cornillac), Charlemagne...

Les corps étrangers ne sont pas les bienvenus.

Les Annales au secours 

Au fur et à mesure des recherches historiques, Les Annales ont apporté des regards originaux, des apports et points de vue différents, ce que Max Gallo ne fait pas vraiment... Si Lucien Febvre et Marc Bloch sont assez ennuyeux à lire, Fernand Braudel commence à pimenter ses récits historiques d'une perspective environnementale, sociale, économique autre que le purement politique. Le pouvoir d'accord, mais où et surtout pourquoi et comment ? Son ouvrage La Méditerranée à l'époque de Philippe II paru en 1949 en est un bon exemple. 

Après les années 1960 les micro-histoires s'établissent et envahissent les thèses des chercheurs. Max Gallo ne propose aucune micro-histoire mais une macro-histoire de la France avec une grosse loupe et rentre dedans comme un éléphant dans un magasin de Porcelaine (chinoise, allez j'enfonce le clou!). Il écrit une fiction plutôt qu'un essai.

Pas de documentation véritable donc, dans l'ouvrage de Max Gallo, la critique est faite mais l'interprétation est unilatérale. Il prendrait au pied de la lettre l'autobiographie de Jules César que ça n'étonnerait personne.

Le personnage quitte la scène, adieu le héros, bonjour les personnages secondaires 

C'est l'ère des personnages secondaires qui prévaut aujourd'hui. Comme toutes les grandes monographies ont été presque toutes établies, le rôle des "individus" en tant que tels, en tant qu'acteurs, performateurs dans une société donnée, devient majoritaire dans les recherches actuelles. Pas chez Max Gallo. Tout le monde est un héros, même si François Ier a ramené la vérole avec ses soldats, même si Charles VI était fou à lier, même si Henry IV paraissait faible et influençable, même si Vercingétorix n'a sûrement pas eu le choix, ... Max Gallo ne réécrit pas l'histoire à sa manière, il la copie comme elle a été écrite, déjà, sans saveur, sans croustillant. *là je pense aux rousseroles de mardi gras*

A la différence d'un Carlo Ginzbourg ou d'un Alain Corbin ou Georges Vigarello, pas d'histoire du particulier, de l'individu, des personnes de l'ombre, des coulisses de l'histoire... rien, que dalle, allez vous rhabiller !

Pourtant, d'autres historiens se seront attachés à décrire les "personnages" tout en donnant une épaisseur économique et sociale et leurs ouvrages comme les belles collections vertes de PUF par Duby, ou les oeuvres de Le Goff le médiéviste...

L'académique !

Max Gallo, académicien, se veut académique, trop en fait. Il élabore un récit qui rend toute ouverture d'esprit nulle et non avenue. Il parle de la France sans vraiment parler des apports étrangers. Il parle de la Renaissance sans vraiment parler de l'Italie. Il parle de Louis XIV sans vraiment parler des invités étrangers prestigieux. Il parle des expéditions sans vraiment parler des rivalités avec les plus grandes flottes et armada. Il parle des balbutiements d'une révolution française sans vraiment parler de ce que La Fayette a appris à l'étranger. Il parle des Anglais comme les pires ennemis de la planète. Il parle des Germains comme des barbares. Il parle à peine d'Orient, ni d'Asie...

Cet ouvrage se veut grand public, et il replace avec habileté les éléments historiques dans leur contexte sans apporter aucune originalité, aucune rupture, aucun développement... 

S'il tentait d'éclairer notre présent avec notre histoire, il m'a rendue encore plus confuse. Certes il répond à la demande des Français de recentrer la France sur elle-même et de la sortie de cet Européo-centrisme pour lequel ils ont voté contre. La France c'est tout une histoire, c'est même "des histoires", la France est multiple et le sera toujours; terre d'accueil, souvent même grâce à la religion catholique, terre de liberté, de fraternité et d'égalité. Ces quatre notions ne ressortent pas de cet essai. C'est bien dommage car c'est là que bat le coeur de la France.

 

Publié dans histoire, romans, bookstagram, edito

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Commenter cet article

Alittlebitdramatic 30/03/2018 22:12

J'ai lu ce livre il y'a plusieurs années et je me souviens que le titre m'avait fait sourire et je m'était dit que c'était un brin nationaliste quand même ! En tous cas je trouve ton article vraiment réussi et je me dis qu'il faudrait peut-être que je relise ce bouquin maintenant, alors que j'ai plus de recul, une meilleure connaissance de l'historiographie actuelle ! Max Gallo n'est pas un mauvais auteur mais peut-être avait-il une conception de l'Histoire un peu... vieille france ? :)

La Parcheminette 08/03/2018 16:05

Alala quand j'ai vu le titre je peux te dire que j'ai foncé !!! Et tout de suite bravo, ton article est clair et intéressant, ça m'a rappelé pas mal de souvenirs (bon ya pas si longtemps non plus ^^).
On prend conscience qu'il y a vraiment un gouffre, entre l'Histoire, comme science sociale, qui évolue, fluctue... Et le roman national qu'on donne au grand public. Je ne sais pas si tu as lu "Les Historiens de Garde", que j'ai trouvé très intéressant. Le but n'est pas de dévaloriser les personnes qui s'intéressent à l'histoire, aime regarder les émissions de Stéphane Bern (ouille^^) mais de montrer que l'approche de l'histoire de ces messieurs (Bern, Deutsch etc...) n'est pas innocente et devient malhonnête quant on s'y penche d'un peu plus près...
Très bel article en tout cas ! ;)