La décennie qui ébranla le Moyen-Orient 1914-1923 - Nadine Picaudou

Publié le par Madame Tassa

La décennie qui ébranla le Moyen-Orient 1914-1923 - Nadine Picaudou

La décennie qui ébranla le Moyen-Orient 1914-1923

Nadine Picaudou

Résumé

Le Moyen-Orient a le triste privilège de ne pas quitter la une de l’actualité. Trop souvent synonyme de chaos et de barbarie, il décourage les analyses. Pour éviter la confrontation caricaturaleentre Orient et Occident ou l’explication par les « spécificités culturelles », il importe de considérer l’histoire de cette région. Le destin du Moyen-Orient s’est joué en une décennie, au tournant du XXe siècle. 1914 : la Première Guerre mondiale éclate. 1923 : le dernier sultan ottoman fait ses adieux à Istanbul. Sur les ruines de l’Empire ottoman, communautés et nations s’éveillent. La Turquie, la Perse et l’Afghanistan accèdent à l’indépendance, aux franges d’une Russie devenue bolchevique ; le Croissant fertile se couvre de frontières ; Kurdes et Arméniens sont sacrifiés aux impératifs de la géopolitique occidentale, tandis que les chrétiens du Liban imposent leur État et les juifs d’Europe, un foyer national en Palestine. Précise et synthétique, cette enquête éclaire une période fondamentale pour comprendre les grands enjeux qui traversent le Moyen-Orient actuel. Champs histoire Paru le 13/09/2017 Genre : Histoire 272 pages - 108 x 177 mm Broché EAN : 9782081415638 ISBN : 9782081415638

(source : éditeur flammarion)

Cet essai commence par le "bruit des armes" et la "fureur des idéologies". Et cela résume bien un pan de l'Histoire du Moyen-Orient, cet espace qui s'est réinventé sous l'influence des puissances étrangères et coloniales. Cherchant sans cesse entre l'Occident et l'Orient, les origines d'une culture à la fois commune et d'une culture pléthorique qui ne définit pas une seule et grande "Nation" mais quelque chose d'épars et de diffus, Nadine Picaudou parvient dans cet essai historique à nous passionner sans laisser de côté les amateurs d'histoire ou les simples lecteurs curieux.

Ce livre a pour ambition de décrire une période très courte : 1914-1923, mais il tente aussi de dépasser ces bornes chronologiques afin d'en faire, non pas le récit "d'un moment" donné, mais quelque chose de plus important, de plus large, soit un temps qui a permis de structurer un nouveau Moyen-Orient, au fonctionnement propre, aux lois propres, aux modes de vie propres, dans cette tentative d'émancipation des uns et des autres, soit pour s'émanciper des colonies, soit pour s'émanciper de l'hégémonie des grandes puissances, soit pour s'émanciper des voisins (les Turcs, les Egyptiens, les différents groupes religieux dominants...)... 

Cet essai se propose d'expliquer les déchirures du présent et d'éclairer des situations de conflits qui nous semblent à des années lumières de notre société occidentale alors qu'en fait, elles sont faciles à comprendre.

Voici les 5 raisons de lire cet essai :

* Comprendre que le Moyen-Orient a eu des tentatives de "modernisation" mais trop éclatées pour réussir. Après le XIXe siècle, un temps des réformes avec les tanzimats, des déséquilibres se sont créés face à une modernisation fragmentaire qui n'écoute pas les uns et favorise les autres... Ce sera le temps des réformes d'abord pour l'Egypte de Mohamed-Ali, puis dans l'Empire ottoman, qui malgré ses efforts pour moderniser son armée, avec de grandes écoles militaires encadrées par les Français, les Anglais et les Prussiens, verra ses ambitions annoncer une future chute politique. Pourtant le temps de Mustafa Kemal, des Jeunes-Turcs s'emparant du pouvoir en 1908 annonce une grande et belle Turquie moderne.

* Alors que l'Europe est devenue une puissance industrielle d'ampleur mondiale, les Anglais et leur révolution industrielle, les Français et leurs Lumières et leurs grands progrès techniques... les Etats-Unis et leur grand écart politique... le Moyen-Orient tente tant bien que mal à coup de réformes successives, de renforcer son industrie, de s'imposer dans le domaine du commerce et découvre le pétrole... mais les puissances occidentales tendent à tout contrôler, et leur participation (celle du Moyen-Orient) reste minoritaire. Le Moyen-Orient apporte la main d'oeuvre, ouvre les routes et offre la sécurité. Ainsi les banques et les marchés financiers sont Allemands, Français, Anglais... les chemins de fer sont étrangers aussi. Le Moyen-Orient s'endette, tout en offrant des denrées dont l'Occident raffole : le tabac, les épices, les soies... Les comptoirs de commerces, les infrastructures, les équipements, tous sont occidentaux... C'est l'Anglais Knox d'Arcy qui en 1901 profite de l'exploitation de l'or noir pour la première fois en Perse... créant dès lors des convoitises et des rivalités. Le Moyen-Orient met beaucoup de temps à rattraper les retards technologiques et industrielles, s'enlisant dans des économies de rentes fortement dépendantes de l'Occident.

* Et que dire du grand débat religieux et idéologique ? Selon l'auteure "le déclin historique des sociétés orientales, signe de l'abandon des valeurs religieuses originelles, impose donc de procéder à l'aggiornamento de l'islam" (P.29). Les réformistes musulmans, dans l'échec de créer un monde arabe unifié, se portent sur la morale islamique, réfléchissant d'abord sur les normes qui deviendront le fondement d'une "morale naturelle"...

* Face au contrôle des puissances occidentales, au refus des Français, des Anglais, des Russes d'abandonner leur influence dans des lieux clés du Moyen-Orient, lorsque l'Egypte demande vainement plus d'autonomie, lorsque Ibn Saoud du Najd commencent à taper sur  le sharif Hussein du Hedjaz qui s'est proclamé "roi des pays arabes", lorsque les accords Picot-Sykes de 1916 déchirent le Moyen-Orient sans le consentement des pays concernés, lorsque Balfour vient déclarer qu'il est favorable à la création d'un foyer Juif en Palestine sans l'approbation de ladite Palestine, lorsqu'en 1919, les Egyptiens nationalistes se révoltent,  puis les nationalistes d'Irak contre les Britanniques, ... entre les revendications d'une grande Arménie, d'un peuple Kurde, d'un peuple Juif... tout laisse au Moyen-Orient un goût de terrain miné et d'une blessure béante.

* Ce livre se lit rien que pour son formidable épilogue qui s'ouvre sur les champs disciplinaires des cultural studies, des post colonial studies. "Morcelé" par ses ambitions d'unité nationale, arabe et musulmane, le Moyen-Orient s'est perdu, écartelé entre les intérêts des uns, les visions idéologiques des autres. A la montée d'extrémismes comme les Frères musulmans, des pseudo-dictatures ou régimes autoritaires, de la ​​​​​​​charia, il faut pourtant confronter les multitudes d'exemples qui montrent que le Moyen-Orient a aussi connu de formidables avancées et révolutions culturelles, que ce soit dans le journalisme, dans le monde des intellectuels et des savants, dans l'univers clôt de la religion progressiste, dans le monde artistique, dans les révoltes populaires....

En bref, un ouvrage qui m'a beaucoup intéressée et passionnée.

Publié dans romans, bookstagram, histoire, edito

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