La mélodie familière de la boutique de Sung - Karin Kalisa

Publié le par Madame Tassa

@tassadanslesmyriades

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Résumé : Lorsque la grand-mère de Minh donne un spectacle de marionnette vietnamienne à la fête de l’école, personne ne soupçonne que le quartier de Prenzlauer Berg va en être bouleversé. Et pourtant, dans ces rues de l’ancien Berlin-Est, la part d’Asie ressurgit, insufflant un nouveau sens de la communauté. C’est l’effet papillon assuré. Bientôt, les habitants sont coiffés de chapeaux de paille pointus, des légumes méconnus apparaissent dans les assiettes, des ponts de bambou relient les maisons de toit en toit. De belles vibrations, une vraie révolution ! Ode à la diversité et à la différence, La Mélodie familière de la boutique de Sung est un roman à l’optimisme contagieux, qui cache derrière sa candeur une rare subtilité. (Source : Heloise d'Ormesson Livre de Poche)

Merci au Livre de Poche pour ce roman ♡

Au départ, j'ai été fortement attirée par le titre, avec cette jolie sonorité, cette jolie poésie qui donnaient l'impression de beaucoup d'optimisme et la promesse d'un roman qui fait sourire. Je ne m'étais pas trompée. Tout dans ce roman respire l'optimisme et la sérénité, la positive attitude dirait-on aujourd'hui. Alors pourtant, ça n'est pas ce que j'appellerai un roman 'feel good' car on est assez loin des clichés que véhicule ce type de récit.

L'auteure Karin Kalisa est profondément attachée à la culture asiatique et surtout vietnamienne, et cela se voit. La tendresse pour cette culture sud asiatique transpire à chaque page. Et le choix du lieu pour parler de la communauté de Vietnamiens immigrés est intéressant.

Nous voici dans ce qui était anciennement l'Allemagne de l'Est (Berlin Est en fait...). Il faut se souvenir que le Mur à Berlin n'est pas tombé il y a des siècles, non : il est tombé il y a de cela 29 ans. C'est presque mon âge. Ça donne des frissons rien que d'y penser. Et donc, dans cette Allemagne anciennement de l'Est, on s'appelle encore "Camarades", on a encore des vieux réflexes rattachés aux habitudes et us et coutumes de l'Ex-URSS. On fait attention, on se rationne, on espionne un peu les autres, on se méfie, on soupçonne, on regarde l'étranger avec curiosité mais on ne s'en approche pas. Les immigrés Vietnamiens eux, ils fuient la guerre, la famine et la pauvreté, un temps de chien, pourtant le pays était assez prospère, il aurait pu devenir un petit pays tranquille, mais les grandes puissances et leurs idéologies politiques se sont déchirées sur leurs terres. Là-bas on ne voyait pas d'inconvénient à une politique plus sociale, un peu communiste. Alors vivre dans l'Allemagne de l'Est ne pose pas de problèmes : si ce n'est la barrière de la langue.

Et ce roman est fait de cela : de la peur de l'Autre, du regard sur l'étranger, sur ce qui ne parle pas la même langue, ne mange pas les mêmes choses.

Le jour où la vieille femme, la grand-mère de Minh, amène sa marionnette sur scène devant les écoliers, tous prennent conscience avec les professeurs, qu'il s'est passé d'horribles choses au Vietnam. Et le Mur qui est tombé leur laisse toujours dans un coin de leur tête une envie d'ouverture et de pacifisme malgré la méfiance naturelle de la population.

Oui parce que dans ce roman, comme l'explique si bien l'auteure, les clichés vont bon train : les Asiatiques sont des délinquants, ils vendent des cigarettes, recèlent, revendent, se font beaucoup d'argent sur le dos des Allemands. Et personne jusqu'à là n'avait osé franchir la frontière entre deux quartiers : le quartier allemand et le quartier des boutiques asiatiques. Il faut dire qu'elles sont nombreuses ses boutiques !

Le roman de Karin Kalisa respire la bonne humeur, la bienveillance, le calme mais pas la complaisance ni le regard condescendant.

A travers ce roman se dégage aussi une certaine nostalgie. Nostalgie de ce que pourrait être une communauté humaine qui s'entraide, partage, s'admire mutuellement et se grandit humainement.

C'est donc un roman humaniste. Cependant j'émets une petite réserve : j'ai eu du mal à entrer dans l'histoire avec la confusion entre les personnages (pas du tout à cause des noms au contraire mais plutôt à cause d'une introduction un peu brouillonne). Malgré tout l'émotion est palpable et le récit est très touchant. La fin est belle, elle questionne les notions de racines, d'origines, ces notions qui me tracassent et quand j'en parle aux gens, ces derniers ne comprennent pas mon problème "Pourquoi tu ne retournes pas au Cambodge?", pour Minh, pour Sung, pour tous les enfants d'immigrés (ou dans mon cas, adoptés), le Pays d'origine est un pays étranger qui reste familier. Un lointain horizon qui se veut accessible mais ne l'est pas tant qu'on n'a pas fait la paix avec ses ancêtres comme dans ce roman où de simples marionnettes vont bouleverser toute une communauté où Allemands et Asiatiques se retrouveront dans un grand élan d'échanges et de d'amitié.

A lire !

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Publié dans romans, bookstagram

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