Les Quatre Parties du Monde - Serge Gruzinski

Publié le par Madame Tassa

@tassadanslesmyriades

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Les Quatre Parties du Monde

Serge Gruzinski

 

Résumé :

Les Quatre parties du monde,  Histoire d'une mondialisation de Serge Gruzinski : Dominer « les quatre parties du monde » : telle était l’ambition de la Monarchie catholique (1580-1640). Pour s’imposer, Espagnols et Portugais apprennent à maîtriser des milieux inconnus, tandis que, du Mexique au Japon, du Brésil aux côtes africaines, des peuples sont confrontés à des formes de pensée qui leur sont étrangères. La terre se mondialise. En nous conviant à un tour du monde, Serge Gruzinski montre comment le passé permet de comprendre ce qui se joue depuis des siècles entre occidentalisation, métissages et mondialisation. Serge Gruzinski Historien, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, il a consacré plusieurs ouvrages à la colonisation du Mexique et a étendu ses réflexions à l’ensemble du continent américain et aux mécanismes du métissage. Cet ouvrage a reçu le prix Augustin-Thierry (2004), le prix de la Corderie de Rochefort (2005) et a été couronné par l’Académie des Sciences morales et politiques (prix Auguste Gérard 2005). SOURCE : SEUIL


Sur 479 pages, Serge Gruzinski nous livre une très intéressante plongée dans les lieux de l'Histoire que l'on a oubliés : "une" histoire d’une mondialisation, parmi tant d'autres. Les ambitions de l'auteur sont de montrer que oui, il y a bien eu une mondialisation à la "Renaissance" européenne, mais pas seulement comme nous l'entendons aujourd'hui dans nos manuels scolaires voire même nos cursus universitaires ! Ainsi l'historien prend pour objet d'étude la monarchie catholique de Philippe II, cherchant à déconstruire une histoire totale et globale pour en faire une illustration d'une mondialisation "archaïque" qui échoua dans sa diffusion culturelle mais prouve que la circulation et la diffusion des savoirs/produits/ressources/hommes à travers le monde a bien commencé quelque part, hors de l'Europe. L'exemple pris par Serge Gruzinski : le Mexique, l'Amérique du Sud et jusqu'aux confins du Japon et de l'Asie. Prendre en compte l'Asie et l'Amérique et même l'Afrique en sortant du cadre purement européen et méditerranéen, berceau d'une civilisation occidentale que décrit Fernand Braudel.
Sauf que Serge, il est pas bête, il prend des exemples bien précis, de telle tête couronnée espagnole qui se retrouve à collectionner des objets japonais, de tel artiste mexicain qui s'inspire brusquement des portraits royaux européens, de tel moine français qui s'aventure en Asie pour y être torturé mais laissant des traces de sa culture dans certaines représentations picturales asiatiques...

Petite touche par petite touche, sans développer un vocabulaire rébarbatif ou des développements épistémologiques inintéressants, l'auteur décrit toutes les facettes d'une mondialisation dans ses réussites et ses échecs. Parlant de culture, d'art, peinture et produits manufacturés, d'artisanat, de livres, de correspondances épistolaires, d'herbiers et livres de remèdes, de plantes exotiques, de portulans et mappemondes, de moeurs et d'habitudes alimentaires... tout y passe.

Ici l'historien Serge Gruzinski traite de l'Histoire la grande via les interconnected histories. Car son étude porte sur des "détails" qui font le lien, qui forment comme une toile connectée, comme quelque chose de fragile et de solide à la fois. Il traite des interactions, des correspondances, montre à la loupe puis à la longue vue, il parle des influences et des références. Il démontre que le pouvoir et les grandes puissances ne sont pas les seules à donner le la, à désigner ce qui est à la mode. Il montre que l'expansion culturelle est bien plus complexe qu'on ne le voudrait croire. Avec ce que l'on apprend à l'école : qu'un type comme Cortez a débarqué et tout a changé... certes la domination catholique est véridique, mais pour le reste, l'auteur traite des résistances des populations, de leurs aspirations, de leurs inspirations... le local est donc un aspect important de cet essai. Le local pour parler du global.

A travers les expériences des uns et des autres, à différentes échelles, différents moyens financiers, différentes renommées, la mondialisation est en marche... cet ouvrage permet un décentrement du regard sur le monde, en Inde, en Chine, au Japon, au Brésil, au Mexique, vous serez dépaysés et vous apprécierez les efforts entrepris par les hommes et les femmes de la Renaissance pour compiler les savoirs, les transmettre : que ce soient les lettres et langues, la pharmaceutique et la botanique ou les médecines, l'astronomie et la navigation et l'aspect pratique comme la cartographie, la géologie, la zoologie et bien entendu les arts de vivre et la théologie.

L'Ouverture sur des mondes aussi différents a profondément changé certains regards jusque dans les cours royales européennes.

C'est donc un essai anthropologique proche des social studies que je trouve extrêmement éclairant et qui complète parfaitement les lectures croisées des World Histories, les connected histories, les micro histoires et enfin les essais civilisationnels de Braudel. Un essai postmoderne qui porte le postulat d' une mondialisation basée sur le MÉTISSAGE et qui en propose une superbe définition entre hybridations culturelles et inventions originales. J'ai adoré.

Publié dans romans, bookstagram, histoire

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