Les Orphée - Eric Metzger

Publié le par Madame Tassa

@tassadanslesmyriades

@tassadanslesmyriades

Résumé : 

Un jour, Louis, trentenaire à la vie monotone, achète un vieux téléphone dans une brocante. Une fois chez lui, alors qu’il s’amuse à le tester, Louis découvre que son nouvel appareil est en réalité une machine à téléphoner dans le passé. Grâce à celle-ci, il parvient à joindre son père, pourtant défunt depuis des années. Le téléphone pourra-t-il empêcher la disparition de ce dernier ? Un soir, Orphée décide de partir à la recherche d’Eurydice. Malheureusement, il ne connaît rien d’elle, ne sait pas du tout à quoi elle ressemble : elle est un fantasme impossible, une lumière au bout d’un couloir sans fin. Tout ce qu’il espère finalement, c’est qu’une fois dans ses bras, il trouvera enfin la paix. L’enfer d’Orphée, c’est la nuit, les soirées, l’alcool, les souvenirs. Il l’arpente, guidé par le fidèle Virgile, et dévore les cercles nocturnes les uns après les autres, remplis de nymphes et de démons : Eurydice où es-tu ? Louis et Orphée, le jour et la nuit, chacun poursuivant une chimère. Jusqu’où la folie peut-elle les conduire ? (Source : Google Books)

Aujourd'hui, je prends la plume et j'écris une chronique d'un livre que j'ai lu il y a quelques temps déjà mais je sentais que c'était aujourd'hui qu'il fallait le faire.

En effet, si j'ai choisi de lire Les Orphée d'Éric Metzger, c'est par l'intérêt du sujet du mythe d'Orphée qui m'avait amenée à prendre son livre parmi d'autres. Cette année universitaire, j'ai eu la chance de suivre le séminaire d'un musicologue, responsable de ma filière de master 2 recherche et qui m'a attribué la mention bien suite à l'écriture de mon dossier de recherche. Son cours tournait autour du mythe d'Orphée et de la figure d'Orphée dans l'opéra et plus particulièrement l'opéra de la Renaissance. Je ne suis aucunement musicienne encore moins musicologue, mais fouiller dans la littérature de l'époque au sujet d'Orphée cela a été tout aussi passionnant que le mythe faustien et la lecture de Goethe et Thomas Mann en cours de littérature et civilisation allemande, l'année précédente.

Si j'écris cette chronique, c'est pour brièvement rendre hommage à ce professeur de musicologie Xavier Bisaro, qui vient de mourir. Qu'il repose en paix.

Orphée dans le livre d'Éric Metzger, n'est pas la personne que vous croyez. C'est un type plutôt normal qui vit une vie banale de type lambda. Pourtant il a chez lui le jour un téléphone étrange qui lui permet d'appeler des numéros de téléphone du passé. Et là nuit il est autre. La nuit il est Orphée et il descend dans les Enfers des boîtes de nuit et des discothèques pour draguer de la nana. Il cherche son "Eurydice". Elle pourrait bien être cette femme- là ce soir-là, être une autre un autre soir encore.

Finalement, le roman est très court. En de rapides chapitres, l'auteur alterne entre la Vie nocturne d'un Orphée noctambule qui rencontre à la fois des Cerbère, des Charon (pas des chatons) et des dieux grecs divers et variés. Ils sont vigiles, chauffeurs de taxi ou amis simplement, et il alterne avec la vie normale d'un homme qui doit faire la paix avec son passé. Avec lui-même. Et donc, avec son père. Car au bout du fil, il appelle son papa. Décédé depuis un moment. À cause d'un problème cardiaque.

Cet homme, en fait, ne serait-ce pas lui véritablement son amour à "l'Eurydice" ? N'aurait-il pas voulu descendre en enfer pour le retrouver, lui dire de revenir sur Terre et de faire attention à sa santé, de ne pas divorcer et de rester un père comme les autres ? J'ai été extrêmement touchée par les parties de ce roman, pendues au téléphone. Les dialogues étaient justes et émouvants.

Le registre orphéique du roman est ensuite à l'appréciation du lecteur : soit il prend cet homme pour un désespéré moderne, pressé par la société de trouver celle qui fera qu'il ne connaîtra plus la solitude, soit il prend cet homme pour un double, quelqu'un de névrosé, plutôt inadapté à la vie sociale moderne... ou bien est-il les deux, justement ?

On connaît tous un Orphée ou deux. Et chacun descend dans ses propres enfers pour y trouver une réponse à la fin. Que ce téléphone en soit une. Oui. Et que l'amour délivre et résolve une issue, c'est toujours le moteur de l'être humain.

J'ai bien aimé l'écriture de l'auteur. Ses jeux de mots, très agréables et parfois très drôles, pourraient parfois, je pense, prendre plus de place dans un roman tel que celui-ci, qui a l'avantage d'être une sorte d'OVNI littéraire, entre genre fantastique et chronique de la vie contemporaine. Sans entrer, évidemment, dans l'humour exagéré et la parodie qu'il a l'habitude d'instaurer à la télévision.

C'est donc un Eric Metzger en mode chaton gentil, plein de jolies émotions et surtout de belles références littéraires, sans tomber dans l'érudition maladroite, que j'ai découvert dans ce livre. J'ai hâte d'en lire d'autres.

Un roman sur le mal du siècle.

Publié dans romans, bookstagram

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article