La civilisation de l'Occident médiéval de Jacques Le Goff

Publié le par Madame Tassa

@tassadanslesmyriades

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DISCLAIMER/ vous ne trouverez aucune fiche de lecture complète ni d'analyse approfondie d'un livre sur ce blog qui n'a vocation qu'à vous donner envie de lire les livres que je lis, à donner mon "ressenti" subjectif et mon humble avis, même s'ils sont pour les études et les concours de l'enseignement.

Je l'ai enfin terminé. Depuis longtemps il était dans ma bibliothèque, utile pour trouver quelques idées et concepts médiévaux lors de mon master. Mais je ne m'étais jamais intéressé à ce livre de fond en comble et c'est chose faite. Après avoir relu 2 fois la 1ère moitié, plus difficilement accessible, peut-être parce qu'elle est un enchaînement chronologique de dates et de faits mais aussi de concepts légèrement abstraits tels que la féodalité ou la chrétienté (chapitre sur lequel je me suis endormie et que j'ai dû relire 3 fois)

Passés ces quelques chapitres plutôt déplaisants, jusqu'à la page 90 on va dire, (ajoutons que l'introduction est déjà presque suffisante en elle-même pour justifier ce livre), l'écriture de Jacques Le Goff reprend de l'ampleur et de la force, et en bon conteur, il nous emmène par-delà les époques, plutôt vers des thématiques liées les unes aux autres au Moyen Âge, choisissant les bornes du X au XIIIe siècle. Ce sont ces thématiques qui m'intéressaient le plus. Pas qu'il faille généraliser une pensée unique et médiévale dans toute l'Europe à cette période, mais savoir quels grands traits caractérisent une telle société est vraiment indispensable. Il donne un élan à ce qu'il appelle son "Beau Moyen Âge" à sa "civilisation médiévale".

Pourtant, si son expression beau Moyen Âge a été reprise subitement dans nombre d'essais, elle a été plutôt déformée. Car il admet bien volontiers pendant les 333 pages de cet essai, la noirceur et la régression d'une société qui s'est parfois aveuglée de religieux. Ainsi le Haut Moyen Âge voit la culture païenne revenir à la mode et remplacer l'influence du christianisme, il faudra attendre quelques siècles pour que le paganisme s'éteigne véritablement de l'esprit d'une société qui s'est mélangée entre populations 'barbares' (c'est-à-dire non romaines) et romanisées. Jacques Le Goff y décrit les ravages de ces cultures sur le savoir qu'il qualifie de "savoir en miettes", une société de la parole, du geste et du ouï-dire qui peu à peu se transforme en société de l'écrit (chartes, traités, ...).

Divulguer par écrit, c'est révéler un secret. Alors Oui, la société de l'écrit est pour les siècles à venir, entre le XIe et le XIIIe siècle, Jacques Le Goff décrit les îlots de civilisation qui tout de même émergent de la majorité écrasante de paysans ruraux : on trouve des villes, petites et balbutiantes mais déjà foisonnantes, dont les fonctionnalités se révèlent peu à peu : lieux de commerce, de rencontres et de justice. On trouve aussi les cours des nobles et aristocrates, où se mêlent trouvères, troubadours, chevaliers et prêtres. Et enfin, il ne faut pas minimiser l'émergence du monachisme et du monastère, ce lieu où le moine, auparavant plutôt oisif, avec une vie faite de prière et de peu de sommeil, devient un lieu de travail, de prière et d'activités intellectuelles(copies de manuscrits, travail des vignes, etc.).

Jacques le Goff ose depuis longtemps avec d'autres historiens accréditer la thèse de petites renaissances ponctuelles ayant lieu tout au long du Moyen Âge. L'une d'entre elles aura eu une importance plus prépondérante : c'est la Renaissance Carolingienne. Elle amène la foi chrétienne (catholique) dans les foyers (de force et après moults massacres sanglants). L'architecture aussi se dessinent : des églises et des monastères, des abbayes, des châteaux sur les mottes des fiefs de seigneurs plus riches, des maisons bourgeoises...

Ensuite, la partie la plus intéressante et la plus belle du livre se met en place : il nous décrit les structures spatiales et temporelles du Xe au XIIIe siècle. Des clairières au sous-bois, des routes à la nature céleste, il nous parle de l'importance de la nature qui entoure les hommes. Il décrit aussi avec beaucoup de profondeur les notions qui nous échappent aujourd'hui : le temps ressenti par les hommes et les femmes du Moyen Âge, le temps naturel ou rural, le temps seigneurial, le temps religieux ou clérical... il nous montre à quel point le Temps, l'éternité et l'Histoire n'avaient pas le même sens que pour nous aujourd'hui. 

Les chapitres sur la vie matérielle (bois, fer, techniques rurales, navires, sources d'énergie, l'économie monétaire...) sont absolument essentiels et passionnants. Il décrit cette société de maisons en bois, propices aux incendies, et puis l'apanage de la pierre et des tourelles, qui est celui des riches nobles. Il nous explique que les "inventions" étaient vues comme un péché, qu'il n'y avait donc aucune invention intéressante au Moyen Âge mais uniquement une certaine diffusion de celles qui pré-existaient à l'Antiquité : comme le moulin par exemple, qu'il donne pour lieu de débauche (on y trouvait des prostituées selon les sources) et lieu de rencontres de tous les paysans. Pour les autres, le lieu absolu de commérages, d'échanges et de beuverie : c'est la taverne. Et pour les commerçants, on s'échangeaient les dernières nouvelles à la place des Halles. Les gens de la classe des travailleurs (car Le Goff explique très longuement la lutte des classes médiévales) se regroupent souvent sur des places pour trouver du travail car ils y trouvent des recruteurs (par exemple La place de la Grève à Paris.).

En bref ce livre est une pépite. Passant des mentalités à l'histoire des symboles, du mensonge et du péché au luxe alimentaire et aux vêtements du Moyen Âge. Sans oublier de décrire la violence, la maladie, l'Inquisition, la place de la femme et de l'enfant. Il vogue de-ci de-là sans jamais nous égarer et tout y passe, certes de façon succincte mais totalement abordable pour n'importe lequel d'entre nous, historiens ou pas.

Je conseille cet essai/bréviaire à tous. Vous y trouverez tout (malgré une bibliographie trop ancienne). Je le conseille aux étudiants de Licence, en prépa et à ceux des sciences humaines qui s'intéressent à la littérature ou à la culture médiévales.

Pour l'agrégation il est juste important pour comprendre tous les concepts et notions de la pensée médiévale et j'ai pu trouver des tas d'exemples très courts ayant eu lieu entre le VIIe et le XIe siècle dans l'Europe du Nord et de l'Est. Il n'est pas inutile d'y plonger le nez.

 

Publié dans romans, bookstagram, histoire

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