Race et Histoire de Claude Lévi-Strauss

Publié le par Madame Tassa

@tassadanslesmyriades

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Race et Histoire 

Claude Lévi-Strauss

🍃🌲 Résumé :  La diversité des cultures, la place de la civilisation occidentale dans le déroulement historique et le rôle du hasard, la relativité de l'idée de progrès, tels sont les thèmes majeurs de Race et histoire. Dans ce texte écrit dans une langue toujours claire et précise, et sans technicité exagérée, apparaissent quelques-uns des principes sur lesquels se fonde le structuralisme. Claude Lévi-Strauss est l'auteur de Tristes Tropiques ou les Structures élémentaires de la parenté ou encore La Pensée sauvage.

Pourquoi Claude Lévi-Strauss se mettrait-il à parler d'histoire alors même qu'il est anthropologue et que sa démarche est le contraire de l'historien ? Il part des choses qu'il observe sur le terrain en dehors de toutes considérations passéistes et historicistes. 

En lisant "Race et Histoire" sur un banc de supermarché et en attendant dans la voiture, j'ai dévoré frénétiquement cet essai qui ne passe pas par quatre chemins pour vous expliquer les choses simplement. Claude Lévi-Strauss a écrit ces 80 pages en 1952 suite à la parution de brochures contre le racisme publiées par L'UNESCO. Dans cet ouvrage réédité maintes fois (ma version date de 1987), Lévi-Strauss montre à quel point de nombreux scientifiques se trompent sur la question du racisme. Et il démontre d'ailleurs qu'ils se trompent sur d'autres questions aussi.

La plume de Lévi-Strauss est claire et concise. Il est impossible que vous ne le compreniez pas. Il utilise avec malice quelques bonnes métaphores, des comparaisons comme celle des joueurs pour le hasard, ou celle du train pour notre rapport au temps. En très peu de chapitres, il balaye les principales notions qui font défaut à beaucoup d'entre nous, faute de connaissances suffisantes, et par trop-plein de préjugés évidemment. Oui, même vous. Il prend le parti de critiquer la thèse racialiste de Gobineau (3 grandes races blanche, noire, jaune) et il critique également les historiens et scientifiques évolutionnistes (qui auront pris la thèse darwinienne du mauvais pied et qui argueront que toute civilisation doit connaître trois phases l'enfance, l'âge adulte et la vieillesse).

Et en un sens, en tant qu'étudiante en histoire je suis bien là face à l'évidence de la "périodisation" : néolithique, antiquité, moyen âge, renaissance, etc. Chaque époque revendiquant son progrès par rapport à l'autre, sa supériorité sur telle ou telle société qui serait plus marginale... Nous sommes bien en présence d'une perspective évolutionniste et pour lui, un point de vue trop occidental qu'il faut revoir à tout prix. Car notre vision s'étale sur des années d'histoire, en partant naïvement d'un optimum qui caractériserait le "meilleur progrès atteint" ou à atteindre.

Il s'attaque également aux problèmes de la culture, lorsqu'elle est racialisée. Qui peut dire qu'une technologie aztèque est moins bonne qu'une technologie renaissante ? Il préfère parler de diversité des cultures en expliquant qu'il faut les voir non pas dans l'isolement mais dans les relations qui les unissent. Puis il parle d'ethnocentrisme, ce regard biaisé de l'analyste, parfois moralisateur, idéaliste, ayant mené à mélanger cultures archaïque et primitive. S'il juge que nous nous trompons sur l'idée d'archaïsme ou de primitivisme (dire qu'un dessin des grottes de Lascaux représente la sauvagerie, la décadence sexuelle ou le sous-développement d'une société et le barbarisme des hommes de l'époque, c'est pour Lévi-Strauss une aberration !).

il décide alors de questionner l'idée de progrès. Pour lui, tout est relatif et l'homme fait des progrès depuis toujours certes mais cette notion n'est pas nécessaire. La révolution scientifique copernicienne n'est pour lui qu'un instant n dans l'histoire de l'homme, sur plus de 250,000 à 400,000 années ! Autant dire, rien. Ainsi il parle de notre relation physique avec le temps, l'histoire ne se ressent pas de la même façon lorsqu'on est jeune, vieux ou d'un endroit différent sur la planète.

Il nous parle ainsi d'histoire stationnaire et cumulative, il parle d'événementialité (notre histoire s'écrit d'abord par des évènements et l'histoire où il ne se passe rien véritablement ne nous intéresse pas alors que pour Lévi-Strauss, c'est l'histoire la plus remarquable!), de la place de la civilisation occidentale dans notre regard et nos apriori, des doutes qu'il faut avoir sur les mots "hasard" en histoire et sur le terme de "civilisation". Il préfère dire "civilisation mondiale" et "collaboration des cultures", et parler de coalition à l'échelle mondiale, en dehors de tout capitalisme ou totalitarisme.

Il parle du danger de l'Histoire qui rend le futur et le présent caduques le plus souvent, s'appuyant sur un passé ombrageux, exprimé par stades et par étapes et dont il n'apprécie aucunement les retombées sur sa propre science, l'ethnologie / anthropologie.

Dans cette édition, le livre est suivi d'une analyse de l'oeuvre et du travail de Claude Lévi-Strauss par Jean Pouillon qui utilise un vocabulaire de spécialiste et une plume moins imagée et moins simplifiée que celle de Lévi-Strauss. Malheureusement, je n'y ai pas trouvé grand intérêt, ou alors seulement dans les passages où Jean Pouillon fait le lien entre la vision de Lévi-Strauss sur l'Histoire dans toute son oeuvre, sa vision du structuralisme et sa vision de l'ethnologie et de l'ethnographie comme apport à l'anthropologie (notamment sur la parenté, l'inceste...). Cette courte analyse met malgré tout le texte de Claude Lévi-Strauss en perspective et permet de comprendre les tenants et les aboutissants d'un labeur monumental autour de la question de "race" et de "structure".

A lire ABSOLUMENT !!!
 

 

Publié dans bookstagram, histoire

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