La société française de 1945 à nos jours- Valérie Verclytte

Publié le par Madame Tassa

@tassadanslesmyriades

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H E L L O | 🌱🌵🍃🌲🌿#agregationhistoire Je ne pense pas avoir le concours cette année ni l'année prochaine mais... ce que je sais c'est que le chemin fut merveilleux. J'ai lu et appris tant de choses utiles (parfois certaines choses bien autrement futiles), j'ai appris à aimer les sujets malgré leur facétieuses embûches. L'histoire restera définitivement ma passion. Et particulièrement l'histoire transversale et transdisciplinaire, celle qui abolit les frontières entre littérature, sociologie, géographie et autres sciences humaines. Celle qui abolit les genres, les "races", les barrières.

Pourtant il y a une chose curieuse que j'ai ressentie à la lecture de ce manuel "La société française de 1945 à nos jours" de Valérie Verclytte. J'ai repensé à une question que @antastesia avait posée une fois sur son compte "ressentez-vous une différence entre l'écriture féminine ou masculine?". Eh bien je dois dire, oui. Depuis plus de 6 mois je lis des essais et manuels écrits ou dirigés par des femmes et l'armature, la pensée, le style, ne sont pas les mêmes. On y trouve plus de justice sociale, plus de questionnements sur la différence, sur le genre, la condition féminine et la condition ouvrière. On y trouve une vision moins politique, moins manichéenne. Sartre n'y est pas le grand méchant loup face à Camus par exemple, tous les deux ont un engagement politique qui assombrit parfois leur vie. Simone de Beauvoir n'est pas l'unique femme de l'Histoire avec son Deuxième Sexe. La femme n'est pas réduite à ses problématiques de femme au foyer, c'est aussi celle qui travaille, qui veut ouvrir un compte en banque mais ne peut pas dans les années 50. Bref, j'apprécie le regard féminin de l'historienne Valérie Verclytte et je la remercie d'avoir fait de ce livre, non pas un pamphlet féministe sur la société française mais un manuel d'histoire qui rééquilibre les sources, les voix, les chemins prit par l'histoire. ♡ #histoire

Chapitre 1) De l'État social à la société de consommation 

Valérie Verclytte propose un découpage chronologique innovant. Elle commence en 1945 et pose une limite/un tournant en 1968. Ces nouvelles bornes chronologiques incitent à étudier de plus près l'histoire sociale d'une France (justement, une 'société' française) plutôt qu'une orientation politique ou économique. Elle insère avec finesse et intelligence autant de données statistiques utiles, que de références littéraires ou historiques intéressantes. Elle vient questionner la Libération (l'après guerre est-elle vraiment moins cruelle et violente que la guerre en elle-même), mais aussi les points culminants de la guerre d'Algérie, point de divergence/différence d'ailleurs avec les autres pays du bloc occidental. Elle se demande à juste titre si un nouveau souffle civique est en marche dans ces année-là. En effet, à la sortie de la guerre la France souhaite une sorte de rupture avec le passé, une table rase, une épuration, une dénazification. La France garde-t-elle ses anciennes valeurs ou devient-elle un Etat-providence ? Comment pense-t-elle la guerre et la reconstruction? Et puis les femmes ont des volontés électorales, les révélations sur l'Algérie poussent une frange de la population, notamment intellectuelle, à vouloir la décolonisation tandis qu'une opinion conservatrice se met en place.

Elle décrit ensuite les mutations structurelles en France. Qu'il s'agisse de l'économie, des plans  financiers (Marshall, etc.), des plans européens portés par Jean Monnet, Valérie Verclytte questionne la soi-disante "prospérité" française. Y a-t-il vraiment eu les trente glorieuse? Peut-on les remettre en perspective et même en question ? La réponse est oui.

Ainsi la "prospérité" française tarde à arriver. On s'attache à contrôler une partie de l'industrie allemande pour s'en servir. Mais le gouvernement n'oublie pas de reconstruire : ponts, chaussées, rails ou une partie des villes bombardées. Malgré l'argent utilisé dans ces domaines, la France opte pour des politiques sociales, veut atteindre le plein emploi. Entre mettre son grain de sel et laisser faire, entre dirigisme et libéralité, le coeur de la France balance. Finalement, des entreprises sont nationalisées pour accélérer le processus de reconstruction et de restructuration de l'économie. L'Etat interviendra donc dans la vie des gens. Qu'en est-il des conditions salariales ? Le syndicalisme fait florès. Le communisme, le socialisme font face à une recrudescence des droites MRP, démocrates-chrétiennes. Sécurité sociale, reconnaissance des invalides, pensions diverses (veuvage, retraite), logement ou SMIG, la France essaye de n'oublier personne et entre dans une démocratie sociale. Il est pourtant dès injustices qui perdurent. La condition des femmes. Des mères au foyer. La condition des immigrés, déplacés, des Juifs... La lutte des classes devient une sorte d'idéologie politique et intellectuelle. Jean Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, et les revues des Temps modernes, les journaux quotidiens ou hebdomadaires dressent des portraits de la France au vitriol.

La France met tous ses efforts dans la justice (épuration), justice sociale (aides, pensions), la reconstruction matérielle, mais aussi l'agriculture afin de sortir des temps de rationnement. La France est à majorité rurale, et la gauche tente d'amadouer un électorat qui d'habitude est plutôt tourné vers la droite (Les petits paysans). La France veut renouer avec la paysannerie et décide de lancer des plans agricoles. Les paysans opèrent une mutation sans précédent et deviennent des agriculteurs (terres cultivables plus grandes, machinerie, engrais, une économie plus libérale et moins contraignante...). L'on assiste à une véritable mécanisation.

Souhaitant sortir du traditionnel schéma 1945-1962 ou 1945-1975, Valérie Verclytte prend la jeunesse, les minorités et les femmes comme flambeau pour accueillir 1968 comme il se doit. Crise sociale à multiples facettes, il faut reconnaître que l'accès à de nouveaux privilèges, le boom démographique (baby boomers), ne sont pas innocents dans tous ces grands bouleversements. La révolte étudiante et la contestation ouvrière seront deux phases désynchonisées de cette crise. Valérie Verclytte explique que les deux classes ne partageaient pas les mêmes opinions et n'avaient pas les mêmes exigences.

On passe dans les années 70 à plus de 45% d'étudiants dans l'enseignement supérieur (post-bac) et les femmes sont désormais sur les bancs des écoles et des facs. Tout le monde, étudiants hommes ou femmes, réclament une reconnansaince. La France est jeune, 1/3 des Français a moins de 20 ans. Les attentes ne sont plus les mêmes. On assiste à une attitude rebelle, des modes "blouson noir", "yéyé", un cinéma plus critique (La Nouvelle Vague casse les codes), une "américanisation" de la société (la cuisine équipée, le confort matériel, coca cola, Hollywood, le jazz, le be bop, le rock'n'roll...).

Mais où est passée la "douce France" ? Ce cher pays de notre enfance change de priorité et de valeurs. La.pratique religieuse n'est plus la majorité ni quotidienne. Les controverses religieuses ont parfois ébranlé les populations (certains ont collaboré d'autres pas.) C'est surtout vers la laïcisation de la société que l'on tend de plus en plus. La faculté/université devient laïque tandis que le projet de laïciser entièrement l'école est abandonné pour conserver les établissements privés. La question féminine est là, béante : l'avortement est un sujet fragile. Le matérialisme prend le pas sur le spirituel et le mystique. On est plutôt en adoration devant son poste de télévision que devant l'autel. 

Les thèmes de "productivité" Et "consommation" ou "culture de masse" deviennent légion. La croissance devient un objectif plutôt qu'un résultat inattendu d'un dur labeur. La société est poussée à consommer, noyée sous la publicité souvent à caractère féminin et donc sexiste (savon, machine à laver, lessive, micro-onde...). La plupart des ménages voit se développer deux activités économiques, le mari et la femme travaillent, il faut deux voitures, aller toujours plus vite dans les tâches ménagères et s'occuper des enfants. La femme au foyer est pourtant toujours plébiscitée malgré sa capacité à travailler et à toucher un salaire, elle reste sous le patriarcat redevable à son mari. Elle ne.peut ouvrir un compte en banque individuel et ne peut pas prendre de décisions seule.

Avec les accords Blum-Byrnes et bien d'autres ensuite, le cinéma américain envahit la France malgré un quota. Les Francais reprennent les codes et parfois les détournent. Les films ayant le.plus de succès sont les grosses productions type péplum, les échecs sont les films anticommuniste. La Nouvelle Vague fait apparaître des nouvelles icônes du cinéma et critique vivement la société de consommation.

La culture de masse se caractérise par l'afflux massif de différents média sur différents supports : musique à la radio ou sur disque, films au cinéma ou programmes télévisuels, livres papiers ou journaux, revues illustrées et magazines ou bandes dessinées... La culture véhicule des modèles et est utilisée comme propagande par la CIA (côté U.S.) ou la France (anticommunisme également). 

Pendant ce temps là on construit des logements (années 50), on recrute de la main d'oeuvre, principalement ouvrière (algérienne, européenne...). La fabrique des territoires se fait car on 'redécouvre 'la France et son unité retrouvée. Le tourisme fait son apparition. On planifie bien des plans pour accueillir les Français sur les plages ensoleillées de la méditerranée.

Mai 68 fut-il un échec politique mais une réussite sociale et culturelle ? Dans bien des cas il est vrai que l'échec du général de Gaulle à rassembler autour de l'Algérie ou à apaiser la jeunesse, à calmer les revendications salariales des ouvriers plus nombreux encore avec l'industrialisation galopante de la France entière, démontre bien que la réussite de mai 68 se situe plutôt dans le foisonnement d'idées nouvelles évoquées, taguées sur les murs ou portées à pleine voix dans les rues.

Chapitre 2) Des espoirs douchés par la crise. 1968 à 1995.

Valérie Verclytte écrit un chapitre ici bien plus sombre que tous les ouvrages sur les Trente Glorieuses classiques. Le portrait est sévère : la France a fait face à l'une des plus grandes crises sociétales et doit répondre de ses engagements envers les citoyens. Ces derniers sont porteurs de nouvelles revendications (féminisme, justice sociale, "libération sexuelle", écologisme), c'est par les voies du militantisme que la France se développe par la suite.

Pourtant la France dévoile aussi l'un de ses pires visages : la violence de l'Etat. La répression des manifestations est cruelle, violente. Les images sont un cocktail explosif car la télévision, les journaux diffusent désormais ce qui auparavant était tu. La guerre d'Algérie, d'Indochine, les violences d"Etat ne sont.plus des secrets de polichinelle. Les contestations augmentent et deviennent révoltes, à feu et à sang. 

D'un autre côté se développe une autre violence : le capitalisme lui aussi a deux visages. Proposé comme solution pour sortir du passé et aller vers l'avenir, le libéralisme économique fait plein de victimes et de laissés pour compte. La productivité avant tout fait oublier l'égalité et la justice salariale, détériore bien des foyers. On s'endette pour avoir une vie meilleure (des vacances, un four, une voiture), on se tue au travail. Et l'on découvre que le chômage existe. Fini le temps du plein emploi et de l'emploi à vie. Certains paysans découvrent la précarité face à la concurrence. Les syndicats perdent du terrain. La crédibilité des ouvriers en pâtie et leurs conditions de travail s'invisibilisent comme le dit si bien l'historienne. Le cadre supérieur est occupé à s'enrichir, et l'ascenseur social ne fonctionne plus comme avant.

Tandis que les femmes acquièrent  des droits nouveaux (années 70, IVG, planning familial plus souple, accès à la contraception, ...) C'est aussi l'essor des militantismes féministes et LGBTQ+.

Face aux crises pétrolières, financières, la population vieillit. Le "désastre" écologique est en route (Le tout plastique, le pétrole, la.pollution...). La France découvre des religions nouvelles et devient multiconfessionnelle. D'ailleurs l'immigration n"est pas étrangère à tout cela. Les amalgames sont vite faits... une part de la population déplore cette vague migratoire et leur impute des fautes qu'ils n'ont pas commises. 

La construction massive de logements fait apparaître des disfonctionnements. Les modes de vie multiculturels se complètent et parfois s'opposent. Les banlieues ne tardent pas à devenir des "problèmes" pour le.gouvernement.

Mais l'enrichissement et l'amélioration de la vie des Français leur fait goûter aux  joies des vacances / voyages (grâce aux transports) ainsi qu'aux bienfaits de la nature. La périurbanisation s'accroît rapidement et on assiste à une vague de néo-ruraux qui incitent les promoteurs à construire des zones commerciales (hypermarchés par exemple) hors des centres-villes. C'est le déploiement de l'automobile qui rend cela possible. Le secteur tertiaire et les services se développent au détriment de l'agriculture et de l'industrie.

Par delà les problèmes, la culture, elle, se démocratise, innove et devient accessible par tous et pour tous. Elle n'est plus réservée à une élite et sert de moyens d'expression à des minorités.

Malgré une sorte d'âge d'or assez court les écarts et les inégalités de richesse se creusent. La pauvreté et la précarité grandissent. 

Comment faire face à tout cela avec la mondialisation ? C'est la question que se.pose l'historienne dans le dernier chapitre (1995 à nos jours). Entre crises et crispations, montées d'opinions extrémistes et radicales, foisonnement culturel et arrivée des milliards de données internet, la globalisation frappe la France de plein fouet. Je vous laisse lire la suite dans le livre. 

Publié dans bookstagram, romans, histoire

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Commenter cet article

eimelle 20/03/2019 19:27

intéressante réflexion sur l'écriture féminine!
Bonne soirée!

Madame Tassa 06/04/2019 14:20

merci, à force de lectures d'essais, je sens une différence. Belle journée!