Étude de poème : Baudelaire #1

Publié le par Madame Tassanie

Étude de poème : Baudelaire #1

Je me réveille avec un poème. (En citation ci-dessus).

Petite étude du poème de Baudelaire

"Petits poèmes en prose", titre que l'on voit parfois accompgné par son sous-titre "Le Spleen de Paris", déjà plus représentatif de l'œuvre de Baudelaire, rappelant "Les fleurs du mal". C'est donc le titre de son recueil publié après sa mort (donc posthume ahah), un recueil de poèmes "en prose" dont Charles s'est attribué l'invention...

On le voit publié pour la première fois en 1869, dans le quatrième volume des "Œuvres complètes de Baudelaire".

Un poème dans les chimères plein de spleen

Le recueil se compose de cinquante poèmes en prose, rédigés entre 1855 ("Le Crépuscule du soir") et 1864. Une parution discrète pour un style de poésie inédit, une dizaine de ces poèmes sont publiés dans des journaux puis posthumement. Baudelaire s'est dit inspiré par les oeuvres d'Aloysius Bertrand.

Le titre

Le titre, déjà, se veut plutôt classique, comme pour déclarer la nouvelle norme "Petits poèmes en prose" puis s'ajoute le thème de prédilection deBaudelaire par son sous titre "Le Spleen de Paris". On y voit chez le poète une envie de rester dans le même domaine poétique, ce qui l'inspire le plus, les thèmes hantés des Fleurs du mal. Quant au poème Chacun sa chimère, il exprime un monstre, une chimère spleenétique, que tout le monde porte en soi via une image (celle d'hommes portant dos courbés, leur chimère pendue à leur cou qui ne savent où ils vont ni pourquoi ils errent) : les espoirs ou les rêves qui ne se réaliseront jamais ou peut-être difficilement dans un monde terrible et rude voire cauchemardesque.

Spleen de ... Paris?

Paris n'est pas important évidemment. C'est le spleen qui compte ici. Peut-être exprimer le sentiment que Baudelaire ressent, bloqué, triste, nostalgique dans la ville de Paris plus qu'ailleurs?

Soit la dépeinture ressentie de l'auteur d'un "malaise social" lié à une ville trop grande, mouvante, étouffante...

Dans le poème en prose

Le poète a su se libérer de la contrainte de la rime, mais soutient un rythme et une structure ordonnée, là est le principe d'un poème en prose. Il se lit à haute voix.

Chacun sa Chimère
Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.
Chacun d’eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu’un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d’un fantassin romain.
Mais la monstrueuse bête n’était pas un poids inerte ; au contraire, elle enveloppait et opprimait l’homme de ses muscles élastiques et puissants ; elle s’agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture ; et sa tête fabuleuse surmontait le front de l’homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l’ennemi.
Je questionnai l’un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu’il n’en savait rien, ni lui, ni les autres ; mais qu’évidemment ils allaient quelque part, puisqu’ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.
Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n’avait l’air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos ; on eût dit qu’il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d’aucun désespoir ; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d’un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.
Et le cortége passa à côté de moi et s’enfonça dans l’atmosphère de l’horizon, à l’endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.
Et pendant quelques instants je m’obstinai à vouloir comprendre ce mystère ; mais bientôt l’irrésistible Indifférence s’abattit sur moi, et j’en fus plus lourdement accablé qu’ils ne l’étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères.
Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869

Charles Baudelaire

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