"La Belle de Casa" d'In Koli Jean Bofane

Publié le par Madame Tassa

@tassadanslesmyriades

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H E L L O | 🌿🍏

"La Belle de Casa"

In Koli Jean Bofane

@actessud 🇲🇦🇨🇩

Résumé :

Qui a bien pu tuer Ichrak la belle, dans cette ruelle d’un quartier populaire de Casablanca ? Elle en aga­çait plus d’un, cette effrontée aux courbes sublimes, fille sans père née d’une folle un peu sorcière, qui ne se laissait ni séduire ni importuner. Tous la convoi­taient autant qu’ils la craignaient, sauf peut-être Sese, clandestin arrivé de Kinshasa depuis peu, devenu son ami et associé dans un business douteux. Escrocs de haut vol, brutes épaisses ou modestes roublards, les suspects ne manquent pas dans cette métropole du xxie siècle gouvernée comme les autres par l’argent, le sexe et le pouvoir. Et ce n’est pas l’infatigable Chergui, vent violent venu du désert pour secouer les palmiers, abraser les murs et assécher les larmes, qui va apaiser les esprits… Avec sa lucidité acérée et son humour féroce, In Koli Jean Bofane dénonce la corruption immobilière, la précarité des migrants et la concupiscence mascu­line. Par son talent de conteur, son art du dialogue et des portraits, il bouscule joyeusement une réalité contemporaine tout à fait accablante – la truculence du désespoir. (source: Actes Sud)

Mon avis :

De prime abord je n'aurais jamais emprunté ce livre car le titre et la couverture ne me plaisaient pas. Argument de choc, n'est-ce pas ?

Pourtant le résumé derrière m'a conquise. Voici un polar dissimulé derrière une histoire sociale intelligente, férocement drôle, à la fois cynique et lucide sur l'Afrique d'aujourd'hui, du Congo/ Zaïre en passant par le Maroc et l'Algérie. Il m'a donné l'envie de découvrir la littérature de plein d'autres pays d'Afrique, comme Assia Djebar, femme de lettres algérienne.

Voici quelques citations :

《Les manifestations de l'idolâtrie de Sese pour Mobutu venaient de loin. De son père, plus exactement. A l'avènement de l'homme fort, celui-ci se trouvait encore à Mbuji-Mayi, dans le Kasaï oriental, et le président venait de libéraliser l'exploitation du diamant. Adolescent à cette époque, le père de Sese s'était mis en tête - comme la plupart des habitants de cette localité - de devenir 'diamantifère' et de rouler sur l'or comme le président-directeur général de la Minière de Bakwanga. Ce fût l'occasion pour le jeune Mwamba Tshimanga de ramasser ses premiers dollars, de frimer dans un ensemble en jean Newman qu'un Libanais avait fait venir en stock et vendu à un prix exorbitant, de laver sa mobylette au Champagne devant tous (...)》p.32-33

《A Derb Taliane, les ruelles se perdent jusqu'à la médina et n'offrent que des surprises. C'est un enchevêtrement de boyaux qui prennent des courbes inattendues, qui rétrécissent brusquement. Les angles droits n'ont pas cours selon les règles d'urbanisme, en ces lieux. Pour entrer dans ces rues, il faut une boussole et un Visa, un air assurer et en même temps rassurant. Malgré la pratique anarchique de la construction, on sent une rigueur régner dans les schémas de pensée ; il faut du temps avant d'apercevoir le vert et le blanc du Raja Club Athletic au bas d'un mur, car c'est le rouge et le bleu du Wydad Athletic Club de Casablanca qui ont droit de cité. (...)》p.57

Si la partie "polar" et l'enquête policière me semblent bâclée et déconnectée du reste du roman, avec des petites longueurs et quelques exagérations, le fond du roman reste d'une terrible efficacité.

Le ton acide d'In Koli Jean Bofane résonne au-delà de toute forme trop classique et cherche à comprendre une société presque déshumanisée par la quête très contemporaine du "bonheur à l'occidental", soit la recherche du profit à tout prix.

Confrontant une Afrique très moderne à une Afrique qui se divise en son propre sein, In Koli Jean Bofane fait se rencontrer des personnages de différents pays d'Afrique pour tisser des liens et écrire une histoire des êtres où la ville tient le rôle de personnage à part entière. Jubilatoire.

 

Publié dans romans, bookstagram

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